L’un des derniers « Big Tuskers » présents en Afrique est décédé à l’âge de 54 ans. Le pachyderme devait sa renommée à ses immenses défenses qui touchaient presque le sol.
Un géant d’Afrique vient de disparaître, et c’est une perte pour l’humanité. Le Kenya a annoncé en début de semaine la disparition de Craig, l’un des derniers « Big Tuskers » (« grosses défenses »), comme on appelle ces éléphants aux défenses impressionnantes encore vivants en Afrique – il n’y en aurait plus qu’une trentaine. « Un éléphant comme Craig… personne ne peut rester indifférent face à une créature comme celle-là, parce que c’est vraiment quelque chose qui est en train de disparaître de la surface de notre planète. C’est bouleversant… », témoigne Vincent Jolly, grand reporter au Figaro Magazine, qui a eu la chance de rencontrer Craig en 2024.
Craig est mort de sa belle mort, mais l’un de ses cousins a été tué un mois plus tôt, légalement, en Tanzanie, où la chasse est autorisée, alors que le Kenya, le pays voisin où vivait Craig, l’a abolie dès 1973. « La première crainte que j’ai eue en apprenant sa mort, poursuit Vincent Jolly, c’est qu’il se soit fait abattre de l’autre côté de la frontière, en Tanzanie. Les éléphants se fichent des frontières humaines. »
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Victimes de leur génétique
Craig avait fière allure, fier de ses défenses : une cinquantaine de kilos chacune, elles touchaient presque le sol. De quoi attiser la convoitise des chasseurs et des braconniers. « De la même manière que chez les humains vous allez avoir des gens qui sont plus grands, les défenses sont uniquement dues à quelque chose de génétique », explique Vincent Jolly. Depuis la colonisation et ses massacres de masse, les super éléphants comme Craig ont été victimes de leur génétique. « On chassait les éléphants qui avaient les plus grosses défenses et donc il est rare de trouver chez les éléphants qui naissent aujourd’hui cette génétique qui va leur procurer des défenses aussi larges et aussi grosses. »
On ignore si Craig avait des descendants. Il a vécu jusqu’à 54 ans, grâce aux rangers du parc national d’Amboseli. « Craig a eu une vie belle et longue grâce au travail de gens qui passent toute l’année à faire en sorte de trouver des solutions de médiation avec la population, parce qu’on ne peut pas protéger l’environnement si on ne donne pas une alternative aux populations ultra-précaires qui ont envie d’exploiter leurs terres et de vivre comme vous et nous », souligne Vincent Jolly. Sur notre petite Terre, il faut de la place pour tout le monde.
La question de la semaine
«Pourquoi tue-t-on encore des éléphants?»
C’est un drôle de paradoxe : les permis de chasse légale aux éléphants permettent de financer leur protection. Au Botswana par exemple, où la chasse a été rétablie en 2019, un permis de tuer peut atteindre 80 000 dollars. Les villageois touchent de l’argent pour chaque animal abattu, ce qui évite aux populations humaines d’étendre les surfaces cultivées et permet ainsi de préserver les zones naturelles nécessaires à la survie des pachydermes. Mais la grande majorité des éléphants sont tués illégalement par des braconniers, notamment pour leur ivoire, exportée le plus souvent en Asie. Là, ce sont les mafias qui en profitent. La pieuvre est l’ennemie des éléphants.
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