C'est dans ta nature – Hantavirus, rats et oiseaux: il y a de la vie dans nos poubelles

Date:

Les décharges publiques abritent, paradoxalement, de la biodiversité et des écosystèmes qui peuvent aussi attirer des ornithologues, comme l’a montré l’enquête sur les origines de la crise du hantavirus en Argentine.

Une décharge publique, à Ushuaïa en Argentine : c’est là que conduit l’enquête sur l’origine de la crise du hantavirus, parce que plusieurs passagers de la croisière infernale s’y étaient rendus, avant d’embarquer, pour y observer des oiseaux. Une équipe scientifique est envoyée dans le sud de l’Argentine pour y détecter la présence éventuelle du virus chez des rats d’Ushuaïa, même s’il semble plus probable que le hantavirus ait été transmis au patient 0 dans les forêts des Andes. Quoi qu’il en soit, il y a de la vie dans les décharges.

Déchets recyclés

Là où finissent nos déchets, un nouvel écosystème se met en place. Il y a d’abord des bactéries, qui décomposent la matière organique. À une plus grande échelle, toute une faune est attirée : des mouches, des vers, des chiens errants, des sangliers, et surtout des rats et des oiseaux. « Il y a des oiseaux qui viennent directement chercher la nourriture. Et puis il y en a d’autres, les rapaces et en partie les goélands, qui peuvent venir se nourrir des animaux qui eux-mêmes sont attirés par la nourriture : les rats, pour ne pas les nommer. Il y a donc déjà un début de chaîne alimentaire sur les décharges du même nom », explique Frédéric Malher, ornithologue à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux.

Des nuées de mouettes, ou de vautours, selon les régions du monde, signalent à coup sûr un garde-manger géant à ciel ouvert. En Europe, les cigognes sont devenues les reines des décharges, jusqu’à arrêter de migrer. « On a une décharge qui contribue à fixer jusqu’à 80 cigognes en hiver, a observé Frédéric Malher en Lorraine, dans l’est de la France. Le climat lorrain, malgré le réchauffement, est quand même connu pour être un petit peu frisquet en hiver. Avant, les cigognes partaient classiquement en migration, mais désormais, elles restent sur place en hiver en profitant de la décharge. Il y a une année où ils ont fermé la décharge et effectivement, les cigognes sont parties en migration avant de revenir au printemps suivant. Et depuis que la décharge a rouvert, elles passent de nouveau l’hiver en Lorraine. »

À lire aussiDes insectes nettoyeurs au service de l’humanité

Nourriture plastique

On trouve de tout dans les décharges, du bon (le reste de votre repas), ou du beaucoup moins bon. « Les cigognes peuvent se faire avoir par ce qu’elles trouvent, parce qu’on a remarqué qu’elles avalaient des bracelets élastiques, qu’elles prenaient sans doute pour des vers de terre. J’en ai trouvé dans les fientes de cigognes de ma bonne ville, raconte Frédéric Malher. Ces élastiques, ou des morceaux de plastique des sacs en plastique, peuvent faire des bouchons dans l’estomac. Des cigognes meurent l’intestin encombré de ces matières plastiques. »

Les décharges à ciel ouvert ont un bilan finalement contrasté ; il y a bien du bon et du mauvais. « Évidemment, par principe, les décharges à l’air libre, ce n’est pas terrible, ce n’est pas bon et on est contre, convient Frédéric Malher. Mais d’un autre côté, cela favorise certaines espèces. C’est un petit peu comme la nourriture en ville : pour les oiseaux en ville, ce n’est pas de la bonne nourriture, c’est clair, cela a des conséquences sur l’état de santé. Et d’un autre côté, le fait qu’il y ait de la nourriture facile, cela maintient en ville un certain nombre d’espèces. »

La question de la semaine

« Les sirènes existent-elles vraiment ? »

Des animaux mi-femme mi-poisson ? Ils n’apparaissent que dans la mythologie ou dans la vision embrumée ou alcoolisée de certains marins qui voyaient sûrement des lamantins ou des dugongs, ces gros mammifères gris, végétariens, surnommés « vaches marines ». Il s’agit d’espèces menacées qui appartiennent à l’ordre des Siréniens. C’est en raison des sirènes qu’on leur a donné ce nom scientifique. Les sirènes n’ont jamais existé et les Siréniens pourraient un jour ne plus exister.

À lire aussiComment les mouettes, les goélands et les cormorans ont colonisé la Seine à Paris

Source du contenu: www.rfi.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related

Gérald Darmanin se rendra lundi en Algérie pour évoquer le cas de Christophe Gleizes

La France et l’Algérie tentent de tourner la page...

Lignes de défense – Le très long déploiement au Moyen-Orient du porte-avions Charles-de-Gaulle

Le Charles-de-Gaulle se dirige vers la mer d'Arabie. Un...