Avec plus de huit millions de spécimens de plantes accumulés depuis quatre siècles, le Muséum national d’histoire naturelle à Paris abrite l’une des plus importantes collections végétales au monde. Un outil précieux pour la science.
C’est un long bâtiment qui s’étend en bordure du Jardin des plantes, à Paris, et n’y entre pas qui veut. Après avoir gravi des escaliers art déco, et « avant de rentrer dans ce qui est le cœur de notre réacteur », Germinal Rouhan nous fait pénétrer dans un sas ultra-moderne, « avec une lumière verte pour détecter les insectes qui sont des ravageurs potentiels de nos collections ».
Responsable scientifique de l’Herbier national, au sein du Muséum national d’histoire naturelle, Germinal Rouhan veille sur huit millions de spécimens de plantes récoltés au fil des siècles partout sur la planète. Certains ont 400 ans, l’âge du Muséum ou plutôt de son ancêtre, le Jardin royal des plantes médicinales, créé par Louis XIII en 1626.
Quarantaine obligatoire
« On va rentrer dans un espace dont les conditions sont contrôlées, poursuit notre guide. La température est maintenue entre 19 et 22°C, avec une humidité relative de 50% pour éviter l’installation de champignons qui sont des ravageurs du papier et des plantes. » L’Herbier est un trésor bien gardé qu’il faut préserver, pour le partager. Tout nouvel arrivant est placé en quarantaine.
C’est le rôle du grand frigo qui se dresse devant nous. « Tous les spécimens qui nous arrivent, que ce soient les dons ou les spécimens qu’on ramène nous-mêmes du terrain, doivent passer par la chambre froide pour désinsectisation, explique Germinal Rouhan. On peut lire -19,4°C, ce qui permet de tuer les insectes et les larves qui pourraient être sur certains spécimens. »
Plus de la moitié des espèces végétales
La visite se poursuit au milieu d’immenses rayonnages coulissants : l’Herbier est sous nos yeux. C’est une bibliothèque de la nature où il n’y a pas de livres, seulement des feuilles – des feuilles mortes conservées précieusement dans des pochettes.
Chaque planche possède une partie de plante, le plus souvent la feuille, parfois des fleurs ou des graines, ainsi que la date, le lieu et le nom de celle ou de celui qui l’a récoltée, sans oublier toute observation utile à son identification. Chaque planche a son histoire. « On a plus de la moitié des espèces qui sont connues aujourd’hui dans le monde, se félicite Germinal Rouhan. On peut voir dans les rayonnages de nombreuses chemises cartonnées rouges. Ce sont les spécimens qui ont servi aux botanistes à décrire pour la première fois une espèce nouvelle pour la science. »
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Prélèvements ADN
Aujourd’hui encore, l’herbier continue de faire progresser la science. « On voit que nos collections sont des plantes sèches, apparemment mortes, mais elles ont encore une vitalité scientifique importante », souligne le responsable de l’Herbier.
Grâce à la numérisation de plus de six millions de planches, les chercheurs du monde entier – et n’importe quel amoureux des plantes – peuvent désormais accéder à distance à l’Herbier sur un site internet dédié. Certains scientifiques choisissent aussi de venir sur place, notamment pour effectuer des prélèvements ADN. La génétique a révolutionné la botanique.
Génomes et virus
« Ici, on a un spécimen qui n’est pas forcément très joli, mais on voit qu’un morceau de feuille a été enlevé, montre Germinal Rouhan. Il s’agit d’une espèce proche du manioc qui a été récoltée en Afrique en 1928. Et pourquoi a-t-on fait ce prélèvement ? Parce qu’on a vu un symptôme d’une pathologie de la plante qui est un fléau dans les cultures africaines. Il a été possible de séquencer entièrement le génome de ce virus-là, pour mieux le combattre. »
Dans cette collection où le moindre ravageur est persona non grata, on peut donc traquer sur les plantes des virus et même des insectes morts il y a parfois des siècles, grâce à l’ADN environnemental. « Même si on ne retrouve pas l’insecte lui-même, on passe un petit coton-tige et on va pouvoir retrouver l’identité de l’insecte qui a pu être hébergé par cette plante », révèle Germinal Rouhan. La nature n’est jamais tout à fait morte.
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