Un moratoire sur les énergies renouvelables menacerait de 80.000 à 100.000 emplois en France.
Bis repetita… Il y a deux semaines, l’annonce par le gouvernement d’une suspension de MaPrimeRénov’ avait créé un vent de panique chez les entrepreneurs du bâtiment. Bercy a finalement fait en partie machine arrière. Ce mardi après midi, les députés suivront-ils le même chemin lors du vote de la proposition de loi Programmation nationale et simplification normative dans le secteur économique de l’énergie, dite PPL Gremillet?
Un amendement instituant un moratoire sur le développement des énergies renouvelables a mis le feu aux poudres. Les entreprises se mobilisent pour demander aux députés de rejeter le texte. Catherine McGregor, la patronne d’Engie prévient : ce sont 5 milliards d’investissements en France qui seraient rayés d’un trait de plume, pour sa seule entreprise! Les répercussions sur des emplois locaux, et pour beaucoup non délocalisables, seraient dramatiques. Sans parler du savoir-faire perdu.
«Au nom de l’ensemble de la filière électrique, incluant la production d’énergie nucléaire et renouvelable, les réseaux de transport et de distribution, ainsi que la fourniture et les services d’efficacité énergétique, nous vous appelons solennellement — mais à regret — à voter contre ce texte, fait savoir l’Union française de l’électricité, qui compte EDF, Engie et TotalEnergies parmi ses membres. En effet, dans son état actuel, plusieurs dispositions de ce texte risquent de compromettre notre sécurité d’approvisionnement et de déstabiliser le cadre réglementaire nécessaire aux investissements de long terme. En outre, toutes les dispositions visant à protéger les consommateurs et leur facture ont été supprimées, remettant en cause notre capacité collective à sortir des énergies fossiles.
La Fédération des entreprises locales appelle « à préserver et renforcer les conditions d’un développement maîtrisé des énergies renouvelables en France (…) pour bâtir une transition énergétique ambitieuse, territorialisée et résolument tournée vers l’avenir».
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Plusieurs présidents de région signataires
«Ce vote envoie un signal politique, économique et industriel incompréhensible pour l’ensemble des acteurs, des entreprises, des collectivités, des usines et des infrastructures logistiques et portuaires qui, avec l’appui du gouvernement ont réalisé, ces dernières années, des investissements colossaux sur le territoire national, dénonce France renouvelable, qui fédère 360 entreprises. Un moratoire sur les énergies renouvelables électriques conduirait à la destruction de 80 000 emplois implantés en France dans des entreprises qui participent grandement à la réindustrialisation et à la souveraineté énergétique de notre pays. Pire, ce moratoire reviendrait à enfermer délibérément notre pays dans sa profonde dépendance aux énergies fossiles importées, qui aujourd’hui représentent 65% du mix énergétique, pour un coût de 55,6 milliards d’euros sur notre balance commerciale en 2024.»
Outre France renouvelable, plusieurs présidents de région sont signataires de cette lettre : Loïg Chesnais-Girard (Bretagne Sociale Démocrate, Écologiste et Régionaliste), Carole Delga, Région Occitanie (PS), Marie-Guite Dufay, Bourgogne-FrancheComté (PS), Alain Rousset, Nouvelle-Aquitaine (PS), mais aussi le port de Brest, les chantiers de l’Atlantique (qui fabriquent les sous-stations pour les éoliennes en mer), Carbon, Enercon, Louis Dreyfus Armateurs, Siemens Gamesa (dont l’usine du Havre est directement menacée)…
« Les renouvelables ne doivent pas cannibaliser le nucléaire, qui est le cœur de la production d’électricité, mais répondre à l’augmentation de la consommation d’électricité voulue par la nécessaire électrification des usages laissés aux combustibles fossiles, analyse Brice Lalonde, président d’Équilibre des Énergies. La programmation de l’énergie doit se consacrer à cette électrification dans les transports, l’industrie, les bâtiments. Elle doit supprimer les obstacles à l’électrification, à commencer par une fiscalité désavantageuse et la pénalisation de l’électricité dans le DPE.»
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