Le parc espagnol, quatrième plus visité du Vieux continent, mise sur des prix imbattables, avec un séjour deux à trois fois moins cher que chez ses concurrents.
C’est le grand parc d’attractions le plus low-cost d’Europe. PortAventura, situé à une heure au sud de Barcelone en Espagne, affiche des prix imbattables. Un séjour pour une famille de quatre personnes, avec une nuit dans un hôtel quatre étoiles thématisé, deux journées sur les parcs et avec petit-déjeuner inclus lors d’un week-end début septembre y coûte seulement 371 euros. C’est deux fois moins cher que le même séjour, aux mêmes dates, au Parc Astérix (735 euros), à Europa-Park (802 euros), et bien moins qu’à Disneyland Paris (1085 euros). Même le billet d’entrée seul, entre 40 euros et 52 euros la journée, est plus abordable qu’au Parc Astérix (54-65 euros), Europa-Park (52-73 euros) et Disneyland Paris (50-119 euros).
Une stratégie du prix cassé qui fonctionne très bien : en 2024, le complexe de loisirs a séduit 5,5 millions de visiteurs, répartis sur ses deux parcs à thème et son parc aquatique. PortAventura, qui fête ses 30 ans en 2025, est la quatrième destination de parcs d’attractions la plus fréquentée d’Europe, derrière Disneyland Paris, Europa-Park (Allemagne) et Efteling (Pays-Bas). «Leur cible, c’est la clientèle qui cherche des alternatives moins chères que ces parcs», analyse Maxime Guény, rédacteur en chef de Parcs & Loisirs Magazine. «Ils multiplient les promotions pour faire le plein, notamment à destination du marché français, qui est très stratégique pour eux», 20% des visiteurs venant de l’Hexagone, la plupart du Sud.
La montagne russe la plus rapide d’Europe
Le parc en lui-même est pourtant loin d’être low-cost. Près de 48 milliards de pesetas (600 millions d’euros d’aujourd’hui) ont été investies en 1995 dans ce projet gigantesque, implanté sous le soleil de la Costa Daurada, sur un terrain un temps convoité par Disney qui a finalement préféré s’installer à Marne-la-Vallée. À son ouverture, PortAventura est un parc très qualitatif, aux décors très soignés et hautement immersifs, beaucoup plus que la plupart de ses concurrents de l’époque. Il embarque les visiteurs de la Méditerranée à la Polynésie, en passant par la Chine, le Mexique ou encore le Far West.
Thibaut Déléaz / Le Figaro
«En 30 ans, nous avons investi 1,8 milliard d’euros au total», calcule Fernando Aldecoa, directeur général de PortAventura World. Pour allonger la durée de séjour, le parc s’est transformé en véritable destination, avec un deuxième parc à thème sur la franchise Ferrari, un parc aquatique, un centre de convention et six hôtels thématisés. Pour faire parler de lui, il a surtout construit des attractions spectaculaires : il y a notamment Red Force, la montagne russe la plus haute (120 mètres) et la plus rapide (180 km/h) d’Europe, qui a ravi ces records en 2017 à… sa voisine, Shambhala (76 mètres, 134 km/h).
La silhouette de ces montagnes russes et autres tours de chute rend le parc reconnaissable de loin sur la côte. «Nous sommes très connus pour nos attractions à sensation, acquiesce Fernando Aldecoa, mais nous avons aussi de nombreuses attractions familiales ou pour les enfants. Nous voulons satisfaire tous les visiteurs.» Environ 80% du public vient d’ailleurs en famille, «même si famille ne veut pas dire qu’il n’y a pas un adolescent avide de sensations fortes».
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Le point noir : les files d’attente
Les files d’attente restent un point noir dans ce parc très populaire. S’il y a des journées où la visite est très agréable, l’attente peut vite devenir insupportable lors des ponts de mai ou en été, quand PortAventura est pris d’assaut. Il vend alors des coupe-file à foison : de 40 euros à 61 euros, selon la date, pour éviter la queue à dix attractions. Sans forcément toujours bien jauger le nombre de passes vendus, occasionnant parfois de longues queues… dans les files d’attente express.
Début mai 2024, des visiteurs se sont indignés sur les réseaux sociaux d’avoir attendu jusqu’à 5h30 pour faire une attraction. «C’était exceptionnel, sur un week-end très particulier avec un jour férié», se défend Fernando Aldecoa, qui reconnaît que «les files d’attente sont un sujet sur lequel l’industrie des parcs doit travailler». PortAventura mise sur la tarification dynamique et un affichage des prévisions d’affluence jour par jour sur son site pour décourager les visiteurs de venir sur des périodes trop chargées. Une fois sur place, «nous essayons de les aiguiller vers des attractions moins sollicitées à certains moments de la journée», assure le directeur général. Même si certaines, y compris parmi les plus populaires, n’ouvrent parfois qu’une heure après l’ouverture du parc.
Thibaut Déléaz / Le Figaro
Pour lisser l’affluence et éviter les pics de fréquentation, PortAventura a aussi allongé sa saison. Les parcs sont désormais ouverts dès le mois de mars, jusqu’à début janvier. «Plus vous ouvrez longtemps, moins vous avez de files d’attente», assure Fernando Aldecoa, qui explique également avoir allongé la période d’Halloween, victime de son succès. De là à envisager une ouverture en continu, toute l’année ? «Il faut voir si la demande est là», tempère le directeur général, persuadé toutefois que «cela finira par se faire dans les prochaines années».
Des nouvelles attractions basées sur des franchises
Pour avoir moins de files d’attente, il faut aussi s’agrandir et proposer plus d’attractions. Des investissements réguliers sont d’ailleurs la clé, dans le secteur, pour rester attractif et faire revenir les visiteurs (70% d’entre eux reviennent dans les trois ans). Ces dernières années, PortAventura a misé sur des expériences plus immersives et familiales, basées sur des licences connues : Street Mission, un parcours dans l’univers de Sesame Street où les visiteurs doivent tirer sur des cibles ou, dernière en date en 2023, Uncharted, une petite montagne russe dans le noir intégrant des éléments de décors du film éponyme.
Une stratégie d’investissement un peu moins ambitieuse que chez ses concurrents : Uncharted, par exemple, a coûté 25 millions d’euros, quand le Parc Astérix, qui accueille presque deux fois moins de visiteurs, a mis 35 millions d’euros dans sa dernière grande attraction Toutatis, et a continué de proposer des nouveautés chaque année. Un budget serré qui se ressent parfois dans les décors de l’attraction. Quant au deuxième parc Ferrari Land, ouvert en 2017, s’il a bien permis d’allonger la durée de séjour, il ne repose que sur une attraction majeure et n’ouvre d’ailleurs que l’après-midi.
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Mais PortAventura assure vouloir continuer d’investir pour se développer. «Nous voulons être leaders dans l’innovation», martèle Fernando Aldecoa, qui vient d’ajouter sur l’une de ses montagnes russes une expérience en «réalité mixte», une sorte de casque de réalité virtuelle mais qui se superpose à ce que l’on voit au lieu de totalement occulter l’environnement extérieur. Le parc investit également dans l’hôtellerie, avec le développement d’une offre non thématisée pour développer les séjours mi-parc mi-plage et viser plus de touristes en les faisant rester dans sa bulle.
Fernando Aldecoa assure être serein face à la concurrence qui s’aiguise en Europe, notamment avec l’arrivée prévue en 2031 du géant Universal au Royaume-Uni, deuxième marché international de PortAventura. «Il y aura toujours une énorme demande pour les parcs à thème, et nous avons de beaux atouts», affirme le directeur général. Son très bon rapport qualité prix en est un. «Nous sommes aussi dans l’un des pays les plus visités du monde, dans la région la plus visitée de ce pays, et surtout, nous avons la meilleure météo. Personne ne peut nous battre là-dessus !»
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