«Cela traduit une dérive du gouvernement américain, du président américain lui-même qui veut signifier une emprise sur l’économie mondiale et sur les valeurs européennes», a fustigé Patrick Martin.
Invité de l’émission L’Événement du dimanche sur LCI, le président du Medef, Patrick Martin, a réagi à la lettre de l’ambassade des États-Unis envoyée à plusieurs entreprises françaises, pour leur demander de supprimer leurs programmes de diversité si elles souhaitent continuer à travailler avec l’État fédéral. «C’est inadmissible parce que cela traduit une dérive du gouvernement américain, du président américain lui-même qui veut signifier une emprise sur l’économie mondiale et sur les valeurs, en l’occurrence sur les valeurs européennes», a estimé Patrick Martin.
Pour le président du Medef, «il y a une sérieuse corde de rappel qui est l’économie américaine elle-même. Si cela se dessine, si le marché de l’emploi américain se retourne, si l’inflation redémarre aux États-Unis, si les cours de Bourse se dégradent, peut-être qu’il y aura un rappel aux réalités de la part de l’économie, de la part des citoyens eux-mêmes. De plus, il y a des élections de midterm en novembre 2026, donc il ne faut pas mettre de l’huile sur le feu mais il faut être très ferme quant à la réaffirmation de nos intérêts et de nos valeurs».
Surréglementation européenne
Patrick Martin a également exprimé une forme de frustration à l’égard de la Commission européenne, en dépit «de la prise de conscience de la brutalité du monde». Il juge qu’il y a, en regard, une forme d’inertie de la Commission, et du Parlement européen sur certains sujets, notamment en matière de surréglementation. «Ce qui devrait fonder dans l’urgence la stratégie de l’UE, c’est le rapport Draghi. Il faut négocier pied à pied sur les mesures douanières mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est de remettre à niveau l’économie européenne, singulièrement l’économie française en investissant sur la formation, sur l’innovation, sur la compétitivité, de sorte qu’on rétablisse un rapport de force, que ce soit avec les États-Unis ou avec la Chine et qu’à partir de là, les négociations soient plus équilibrées», a-t-il développé.
Revenant par ailleurs sur les propos de la porte-parole du gouvernement Sophie Primas, qui a annoncé la tenue d’une grande conférence sur les finances publiques en avril, et a déclaré que le budget 2026 serait un «cauchemar» à préparer, Patrick Martin a appelé à un réveil. «Il y a un certain nombre de secrets de polichinelle dont il faut s’emparer. Je pense au niveau et au financement de la protection sociale. Nous allons pousser un certain nombre de thèses pour qu’enfin des décisions soient prises. On est tous anesthésié par un modèle français qui est totalement à bout de souffle. Les circonstances graves, menaçantes ont au moins ça de bon qu’elles nous obligent à nous réveiller», juge le patron des patrons.
Un niveau de dépenses publiques préoccupant
Interrogé sur la possibilité de couper dans les dépenses sociales pour financer la défense, le président du Medef a rappelé «qu’on parle d’un effort considérable de l’ordre de 50 milliards d’euros par an, supplémentaires, pour la défense». Il estime que «le coût de la dette, les frais financiers annuels pour payer les intérêts sur la dette, sont déjà bien supérieurs aux 50 milliards. Donc c’est un raccourci de dire qu’il va falloir dégrader les régimes sociaux pour financer l’effort de défense. Le sujet est beaucoup plus global».
Et de rappeler qu’en 1974, les dépenses sociales de la France représentaient 18% du PIB et que «le pays n’était pas dans la misère». «Aujourd’hui, on est à 32% donc il y a un principe de réalité. C’est l’épreuve de vérité. Mon propos n’est pas de dire qu’au motif de cet effort de défense supplémentaire il faut dégrader les régimes sociaux. Le problème est malheureusement beaucoup plus fondamental», considère-t-il.
Le patron des patrons s’est dit préoccupé par deux sujets prioritaires : celui du financement de la protection sociale qui pèse trop sur les entreprises et sur les salariés et celui «du niveau des dépenses publiques d’une manière générale et des dépenses sociales en particulier». «Des pays européens comme les Pays-Bas sont à 42% de dépenses publiques quand la France est à 57%. Si on était à 42% de dépenses publiques, on dégagerait 450 milliards d’euros par an. Ça permettrait d’augmenter les salaires, d’investir, d’être plus compétitif au niveau mondial. C’est possible le moment est venu de le faire», lance-t-il.
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