Futuroscope : dans les coulisses de la nouvelle montagne russe aquatique unique au monde Mission Bermudes

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REPORTAGE – Après cinq ans de développement, le parc de Poitiers inaugure fin juin une attraction à sensations reposant sur un système inédit développé rien que pour lui. Un investissement record de 25 millions d’euros.

«Levez les pieds, attention à la vague !» Les alertes de Camille Boulay avant la chute de 16 mètres de haut n’auront pas suffi à éviter aux passagers du premier rang d’être trempés. «Je vous avais prévenu, ça mouille !» En ce début juin, le chef de projet de la nouvelle attraction à sensations du Futuroscope, Mission Bermudes, savoure les premiers tests avec du public après cinq ans de développement… et des semaines à y faire des tours en boucle pour effectuer tous les réglages. «Avec des bottes de pêche, c’était la tenue indispensable», sourit-il.

Avec Mission Bermudes, qui ouvrira officiellement le 28 juin, le parc d’attractions de Poitiers (Vienne) veut frapper fort. À mi-chemin entre une montagne russe et une rivière de bûches, cette nouvelle expérience est un prototype unique au monde, développé spécialement par le constructeur allemand Mack Rides. Un investissement record de 25 millions d’euros et une petite révolution pour le Futuroscope qui signe ici sa première attraction uniquement en extérieur, avec des décors, et sa deuxième montagne russe seulement.

Il s’agit de la première attraction du Futuroscope à évoluer au milieu de véritables décors.
Thibaut Déléaz / Le Figaro

Électroaimants

Dernière étape du grand plan d’investissement de 300 millions d’euros décidé en 2020 pour agrandir le site avec des hôtels thématisés, un parc aquatique et de nouvelles expériences, Mission Bermudes est aussi le symbole du virage stratégique du site, qui «a décidé de s’assumer comme un parc d’attractions», explique le président du directoire Rodolphe Bouin. «Nous voulons une grosse attraction tous les deux ou trois ans, en alternant avec des expériences très Futuroscope historique [basées sur des écrans, NDLR] et d’autres plus proches de ce qu’on peut trouver dans des parcs classiques», mais avec toujours une touche d’innovation pour conserver cet ADN qui lui est propre.

C’est en démarchant les constructeurs en 2020 pour trouver une attraction aquatique un peu originale que «Mack Rides a proposé cette idée qu’ils avaient depuis un moment dans leurs cartons», raconte Camille Boulay. Le modèle n’était alors pas vraiment au catalogue et les Allemands n’avaient même pas encore développé de prototype, mais le Futuroscope a choisi de prendre ce risque. Des essais réalisés sur un petit circuit construit dans les usines de Mack Rides ont permis de valider les choix techniques et de lancer la construction.

Contrairement à une montagne russe aquatique classique où le bateau alterne entre des passages sur rails et d’autres où il est porté par le courant dans l’eau, le «Rocking boat» est toujours relié aux rails, qui s’effacent parfois sous l’eau pour le laisser flotter. Les véhicules avancent grâce à 150 électroaimants répartis sur le parcours, similaires à ceux qui permettent de lancer des trains à toute vitesse sur les montagnes russes.

Les bateaux sont propulsés par des électroaimants situés sur entre les rails (les rectangles gris clair sur cette photo).
Thibaut Déléaz / Le Figaro

Ce système permet de contrôler la vitesse du bateau, de l’arrêter, de l’amener très près d’un gouffre ou encore de le faire partir en arrière. «Les deux seuls moments où les véhicules avancent par gravité, c’est lors de la chute finale [sur un rail] et dans la partie rafting où ils sont portés par le courant», explique Adrien Pereyrol, également chef de projet sur Missions Bermudes. Ce ne sont pas moins de 7m3 d’eau qui sont envoyés chaque seconde dans cette partie du parcours, formant d’impressionnants rapides qui font tanguer le bateau (et rincent les passagers).

Une fois sur l’eau, le bateau donne l’illusion de flotter librement mais reste toujours accroché aux rails qui le guident.
Futuroscope

Près de 15% du budget consacrés aux décors et à la végétation

«L’autre grosse spécificité de cette attraction, c’est la décoration», souligne Rodolphe Bouin. Pour la première fois, le Futuroscope a voulu créer un environnement totalement immersif, avec de faux rochers, une végétation abondante, un bateau échoué, des carcasses d’avions, du brouillard… «L’idée est d’être immergé – littéralement – dans la zone, que l’on ne se sente plus au Futuroscope», acquiesce Adrien Pereyrol. Environ 2,5 millions d’euros, soit 10% du budget total, ont été consacrés aux décors, et 1 million d’euros supplémentaire pour la végétation. Deux budgets que Rodolphe Bouin a voulu «sacraliser dès le départ car on y tenait vraiment».

Une histoire a également été imaginée pour renforcer l’immersion dans l’univers de l’attraction : celle d’une équipe de scientifiques disparus lors de leur expédition pour étudier d’étranges phénomènes électromagnétiques dans le triangle des Bermudes. Celle-ci est racontée à travers des décors dans la file d’attente, mais aussi des vidéos laissées par les malheureux, puis par un audio embarqué sur les bateaux. Les nombreux effets en lien avec cette histoire disséminés le long du parcours ont nécessité un grand travail de synchronisation pour que tout se déclenche au bon moment lorsqu’un véhicule passe.

Dans la section «rafting», les électroaimants laissent la place à un impressionnant courant pour faire avancer les bateaux.
Futuroscope

Si les équipes touchent au but après cinq ans de développement, il reste encore de nombreux réglages à faire. Et il en restera après l’ouverture, prévient Camille Boulay, pour s’adapter aux retours des visiteurs… et régler les difficultés mises de côté pour pouvoir ouvrir à temps. «On ne peut par exemple pas encore tourner à la capacité maximale de 1000 personnes à l’heure avec nos neuf bateaux… Le constructeur doit réfléchir à des ajustements de ce côté-là.»

Le niveau de l’eau à l’arrivée de la chute finale pourra quant à lui être adapté en hiver pour que l’attraction éclabousse moins. D’autres effets restent en rodage, comme cette cascade censée s’arrêter au passage du bateau mais qui s’interrompt encore quelques secondes trop tard pour épargner le premier rang. «On a surtout hâte que les visiteurs puissent la tester de nuit, s’impatiente Camille Boulay. On aura un éclairage embarqué dans les bateaux et le décor restera dans la pénombre, ce sera une expérience totalement différente !»

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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