Après la panne qui a plongé l’Espagne dans le noir, les explications se font attendre. Températures anormales ? Surproduction ? Les pistes sont multiples.
Après que l’Espagne a été plongée dans le noir, des deux côtés des Pyrénées, les experts se perdaient encore en conjectures lundi soir. Comment expliquer que tout un pays soit plongé dans le noir, en 2025 ? Faute d’une réponse officielle du gestionnaire de réseau de transport d’électricité espagnol Red Eléctrica de España (REE), l’équivalent du RTE français, toutes les hypothèses sont évoquées.
Si l’Espagne et le Portugal ont écarté ce mardi la piste de la cyberattaque, il y a à peu près autant d’hypothèses en circulation que d’experts et d’observateurs du marché de l’électricité. Surchauffe de lignes haute tension en raison de températures « anormales » en Espagne ? Incendie ? Surproduction ? Baisse brutale de la production d’un parc éolien ? Tous affichent la plus grande prudence. Le sujet est hautement sensible. « En ce moment, les parlementaires français discutent de la stratégie énergétique de la France. Ce n’est pas le moment de commencer à raconter n’importe quoi », tranche l’un d’eux.
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Le gestionnaire de réseau portugais a rapidement évoqué dans un communiqué « des variations extrêmes de températures en Espagne ». Elles auraient entraîné « des oscillations anormales » « dans les lignes à très haute tension ». Le gestionnaire de réseau portugais mettait alors en avant alors un phénomène de « vibration atmosphérique induite », avant de finalement démentir sa propre explication. Un décryptage de la situation qui n’avait d’ailleurs convaincu aucun des experts interrogés par Le Figaro. « C’est un moyen pour les Portugais de dire qu’ils ne sont pas à l’origine de la panne », ironisait un interlocuteur.
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La péninsule ibérique, un cas particulier en Europe
Une autre explication serait d’ordre géographique. La péninsule ibérique est… une péninsule. Elle est très peu reliée avec le reste de l’Europe : seules trois lignes très haute tension la raccordent à la France. En cas de souci, la solidarité européenne reste limitée, même si RTE a très rapidement envoyé 1500MW vers l’Espagne, l’équivalent de la consommation d’une ville comme Marseille en plein hiver. Cette électricité a d’abord été utilisée pour redémarrer les centrales espagnoles, notamment les nucléaires.
D’autres phénomènes peuvent être à l’origine de la panne. « Le réseau espagnol est plus exposé aux énergies renouvelables, avec des variations de plus en plus intempestives. Le pays manque de solutions d’accompagnement, par exemple, pour contrebalancer l’arrêt d’un parc éolien et éviter que tout le système bascule », analyse Mathieu Bineau, directeur général de Voltalis. Les gestionnaires de réseau ont la lourde charge d’équilibrer en permanence la production d’électricité et la demande. Une parfaite adéquation des deux est nécessaire pour assurer un bon fonctionnement du système.
Ce qui est surprenant, c’est l’ampleur du phénomène
Mathieu Lassagne, directeur général de ZE-Energy
En cas de dysfonctionnement, des systèmes de sécurité se déclenchent, pour isoler l’incident. Ce qui n’a visiblement pas été le cas en Espagne. « Ce qui est surprenant, c’est l’ampleur du phénomène. Normalement, le gestionnaire du réseau dispose de solutions à activer progressivement. La vraie question, c’est pourquoi ces réponses n’ont pas fonctionné ? », s’interroge Mathieu Lassagne, directeur général de ZE-Energy.
La lenteur du retour à la normale est proportionnelle à l’ampleur de la panne. La remise en route se fait « manuellement », plus question d’automatisme. Tout doit être vérifié et la remise en marche des installations doit se faire progressivement pour éviter un nouveau black-out. « C’est comme dans une maison, quand l’installation disjoncte, il faut trouver la cause avant de remettre en route, sinon, ça ressaute », résume sobrement Mathieu Bineau.
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