Syndicats et partenaires sociaux doivent se réunir ce lundi 23 juin pour clore quatre mois de négociations sur la réforme de notre système de retraite.
Le conclave sur les retraites serait-il devenu une mission impossible ? Jean-Jacques Marette, chargé d’animer les discussions, va tenter ce lundi 23 juin de concilier les positions des partenaires sociaux après les discussions de mardi dernier, à l’issue desquelles syndicats et organisations patronales ont convenu tard dans la nuit d’une réunion de la dernière chance.
« La CFDT sera au rendez-vous lundi », a garanti Marylise Léon. La CFTC sera autour de la table « pour défendre les intérêts des salariés et aboutir sur la pénibilité et les retraites des femmes », a assuré Pascale Coton. Côté patronal, Éric Chevé, négociateur de la CPME, a indiqué qu’il serait lui aussi présent « sauf à ce qu’il y ait des renversements et que je sois tout seul lundi prochain autour de la table ». Le président du Medef, Patrick Martin, s’est dit mercredi dernier « très réservé » sur la présence de son organisation à cette ultime réunion. Mais il ne souhaite pas pour autant que son organisation soit tenue pour responsable de l’échec du conclave. Le bureau se réunit ce lundi matin pour acter sa ligne.
Des positions divergentes
Jean-Jacques Marette ne déposera le texte sur la table qu’à 15 heures ce lundi, cependant on sait déjà que plusieurs points devraient y figurer. Sur la question de la pénibilité, d’abord. Comme le réclame la CFDT depuis le début, les critères ergonomiques (port des charges lourdes, travail avec des postures pénibles et présence de vibrations mécaniques) devraient être intégrés dans le compte professionnel de prévention (C2P). Ce dispositif lancé en 2017 permet notamment d’accéder à des formations professionnelles ou à des projets de reconversion, mais aussi d’obtenir la validation de trimestres d’assurance-retraite.
Nous serons là pour défendre les intérêts des salariés et aboutir sur la pénibilité et les retraites des femmes
Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC
Si le patronat est prêt à accepter la réintégration de ces trois critères dans le C2P, les points glanés au cours de la carrière ne serviraient, pour le Medef, qu’à « contribuer au travail sur la prévention, la formation et la reconversion. » L’organisation rejette donc l’idée d’un départ anticipé en retraite pour les travailleurs exposés à ces trois critères.
Pour trouver un consensus sur la question, Jean-Jacques Marette pourrait proposer un rythme d’acquisition ralenti par rapport aux six premiers critères déjà inscrits au C2P. En d’autres termes, les travailleurs touchés par ces trois nouveaux critères engrangeraient moins de points que les employés déjà détenteurs d’un C2P. Une solution que rejette le Medef pour le moment. Au grand désarroi de ce dernier, la CPME propose de son côté « un système beaucoup plus favorable que ce qui est mis sur la table ».
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Sur l’âge ensuite. Il est quasi certain qu’un retour du départ à la retraite à 62 ans ne figurera pas dans le texte de Jean-Jacques Marette. Pour cocher la case d’un « bougé » réclamé par les syndicats, un recul de l’âge de l’annulation de la décote devrait figurer dans le consensus proposé par l’énarque. Actuellement, l’âge à partir duquel les assurés ont droit à une pension à taux plein, même s’ils n’ont pas le nombre de trimestres requis pour y être éligibles, est fixé à 67 ans. Les syndicats réclament un abaissement de ce curseur d’un an. Medef et CPME pointent du doigt le coût : 1,2 milliard d’euros. « Le pays n’a pas les moyens de faire des dépenses de ce type », a argumenté Diane Milleron-Deperrois, la négociatrice du Medef, pour rejeter ce recul. Un compromis pourrait-il être trouvé à 66 ans et demi ? « Mes instances ne donneront jamais un avis positif sur un texte avec ce curseur », rappelle à nouveau Pascale Coton de la CFTC.
Le financement du système toujours en question
Enfin, se pose la question du financement du système. Le déficit actuellement attendu en 2030 est de 6,6 milliards d’euros, selon la projection du Conseil d’orientation des retraites (COR). Depuis le premier jour, le patronat rejette une hausse des cotisations salariales et patronales pour remettre d’équerre les retraites. « Dans la situation économique que connaissent nos entreprises, ce n’est pas possible », a martelé Diane Milleron-Deperrois mardi dernier.
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Pour l’instant, la piste qui semble tenir la corde reste celle d’une augmentation de la CSG pour les retraités aux revenus moyens ou supérieurs. Les pensions des seniors pourraient également être sous-indexées de 0,8 point par rapport à l’inflation en 2026, et de 0,4 point en 2027. Si les syndicats sont d’accord pour faire peser une partie du rééquilibrage sur les retraités, ils refusent que l’effort repose seulement sur cette catégorie de population. La question d’une hausse du forfait social, une contribution payée par l’employeur sur certaines primes exonérées de charges sociales, comme l’intéressement ou la participation, a été évoquée lors des débats. Si le Medef semble prêt à lâcher sur ce point, la CPME fait de cette augmentation une « ligne rouge écarlate ».
Entre toutes ces positions, Jean-Jacques Marette doit maintenant trouver un passage. Si elle n’est peut-être pas impossible, la mission qui attend le médiateur des discussions ce lundi relève de l’équilibrisme.
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