Des sociologues se sont penchés sur les bénéfices pour les jeunes d’intégrer les orchestres d’enfants de ce programme national lancé il y a quinze ans. Et leurs conclusions sont très encourageantes.
Confier aux enfants un instrument pour trois ans, leur faire chercher à l’oreille et juste avec les doigts, la note sans se heurter à la rigueur rébarbative du solfège, les réunir pour jouer en orchestre. Le Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale, ou Demos, est une des plus belles initiatives jamais nées de la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris. Car les enfants choisis dès le début de l’opération ne disposaient pas d’un accès facile à la musique classique pour des raisons économiques, géographiques et sociales.
Les premiers sortaient pour la plupart des zones d’éducation prioritaires, étendues peu à peu aux zones rurales et villages de montagne. L’opération a été lancée en 2010 sur 300 enfants ( au départ âgés de 7 à 12 ans) de Paris et départements limitrophes, puis elle a été étendue de la France à l’Europe, sous la houlette de Laurent Bayle, fondateur de la Philharmonie de Paris et instigateur de l’opération. Le mécénat s’est massivement engagé pour soutenir cette opération pas comme les autres, inspirée du modèle d’El Sistema, créé par le José Antonio Abreu en Colombie et dont Gustavo Dudamel reste le plus actif ambassadeur.
Rapprocher des mondes éloignés
Quel a été l’impact de ces trois ans de musique pour les enfants ? Qu’en ont-ils retenu ? Des sociologues ont interrogé les anciens élèves de Demos 2 et Démos 3 lancés en 2012 et 2015. Ils livrent leurs conclusions. « Ça n’est pas une enquête quantitative car nous n’avons retrouvé qu’un dixième des enfants. Et parmi eux, il y a une surreprésentation de ceux qui ont continué dans la musique. Ça n’est donc pas représentatif », prévient Florencia Dansilio, une des deux sociologues en charge du rapport, qui s’est plongée les histoires de vie des soixante personnes retrouvées. « Beaucoup d’enfants étaient la première génération de l’immigration née en France », dit-elle notant que Démos a pu fonctionner comme un médiateur entre leur culture d’origine et la culture française.
Des liens se sont tissés entre les nouveaux venus en France, les pratiques culturelles et les institutions publiques, mondes a priori éloignés. Sans Demos, les familles n’auraient jamais mis les pieds à la Philharmonie ou à l’Opéra de Versailles où ont eu lieu les concerts. Sans Démos, les enfants n’auraient jamais identifié les conservatoires et autres lieux de musique présents dans leur ville. Les ateliers, menés par un musicien et un encadrant, avaient lieu en effet , dans les centres sociaux. « Sur un autre plan, les enfants ont eu l’impression de faire partie d’un groupe et de se sentir intégrés et reconnus. Ils ont eu l’impression de pouvoir s’ouvrir vers le monde et vers la culture française », dit encore la sociologue. Quant aux études menées sur la population rurale, elles ont souligné comment adapter le dispositif Demos à des enfants éloignés les uns des autres.
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