Notre critique de Little Jaffna, un Tigre dans le moteur

Date:

Prix du jury à Reims Polar, le premier long-métrage de Lawrence Valin met en scène un policier infiltré dans un groupe criminel tamoul à Paris. Percutant.

En mai 2015, quelques jours avant de recevoir la palme d’or pour DheepanJacques Audiard confiait au Figaro son désir d’ailleurs à travers l’histoire d’un Tamoul gardien de cité en France. « J’avais envie de montrer des gens radicalement autres et lointains, ayant connu une catastrophe, un grand drame, et sans rapport avec la francophonie, aux antipodes de ce que je suis », déclarait le futur réalisateur d’Emilia Perez, pas encore accusé d’appropriation culturelle. Lawrence Valin avait postulé pour le rôle principal. Audiard avait choisi Antonythasan Jesuthasan. Un homme plus âgé, au nom compliqué, mais surtout au passé d’enfant soldat enrôlé par les Tigres tamouls avant de rejoindre la France comme réfugié politique.

Lawrence Valin n’a pas ce vécu. Mais il appartient à la deuxième génération, celle des fils et des filles d’immigrés dont les parents ont tout perdu en fuyant une guerre civile au Sri Lanka qui a fait 100.000 morts, conclue en 2009 par l’assaut final de l’armée et un bain de sang (70.000 victimes civiles tamoules).

Valin, apprenti acteur, a longtemps été renvoyé à son ascendance et à sa couleur de peau : fakir, vendeur de roses et de marrons, ou meilleur ami indien, le cinéma français aime les stéréotypes. Valin, nourri de cinéma indien, hongkongais et américain, est donc passé derrière la caméra pour raconter une autre histoire, la sienne, à travers un genre qu’il a arpenté dans ses courts-métrages, le polar.

Valin n’a pas froid aux yeux

Dès son titre, Little Jaffna paye sa dette à Little Odessa, de James Gray. Ou au Little Italy de Martin Scorsese dans Mean Streets. À Paris aussi, les rues sont méchantes. Little Jaffna, quartier situé entre le 10e et le 18arrondissement, qui abrite la communauté tamoule depuis les années 1970, est au premier abord joyeux et bariolé. Le spectateur y pénètre lors de la fête de Ganesh, en 2008. Sous les masques et les tuniques colorées, la réalité est moins réjouissante.

Aya, chef du gang des Eelam Boys, rackette les commerçants pour financer la lutte des Tigres au Sri Lanka. Le trafic de clandestins et de drogue, surtout, en fait un grand argentier redoutable et redouté. Habile avec une batte de cricket, Aya peut torturer un homme à coups de balles frappées sur le visage et le corps. Michael (Valin lui-même), policier chargé d’infiltrer le groupe criminel, s’en approche par l’entremise de Puvi, bras droit d’Aya fou amoureux de la fille d’un gang rival.

Comme tous les bons films d’infiltration (Les Infiltrés, Donnie Brasco, Point Break), Little Jaffna met en scène le conflit de loyauté de Michael, lui-même fils d’un Tigre tué au combat, taupe écartelée entre deux cultures. Pour son premier long-métrage, Valin n’a pas froid aux yeux. Son film a des gueules comme on n’en voit jamais dans le polar français – les charismatiques Puviraj Ravendran (Puvi) et Vela Ramamoorthy (Aya) en tête. Son film a de la gueule, plongée à la fois brute et stylisée dans un monde rattrapé par la violence d’une guerre qui se déroule à 10 000 km de Paris.


La note du Figaro : 3/4

Source du contenu: www.lefigaro.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related