Du patinage artistique sur la glace japonaise, les dernières heures de Louis XVI et Marie-Antoinette, une fable gothique avec Lily-Rose Depp, Adèle Exarchopoulos enfermée dans une prison virtuelle… La sélection cinéma du Figaro.
My Sunshine – À voir
Drame de Hiroshi Okuyama – 1 h 30
Dans My Sunshine, un flocon suffit à Hiroshi Okuyama pour embarquer le spectateur. En l’occurrence, le premier qui tombe dans la bouche du jeune Takuya. De ravissement, l’enfant rate l’échange alors qu’il est sur le terrain avec son équipe. « T’assure pas », lui dit l’entraîneur, qui n’en pensera pas moins lorsque la saison du hockey sur glace remplacera celle du base-ball. Takuya sera alors très occupé à observer les filles patiner. Les glissades en solo deviennent progressivement duo et parfois trio, comme dans cette scène où l’entraîneur emmène Takuya et sa partenaire, Sakura, patiner sur un lac gelé. Si ses deux poulains doivent sans cesse perfectionner leurs courbes et leurs arabesques pour la valse hollandaise, la préparation au concours se fait avec des fous rires et des airs entendus. Les deux enfants et l’adulte, tous trois un peu en marge dans leurs groupes respectifs et qui ne se connaissaient pas, vont nouer une complicité fragile et travailler dans une tendre jovialité.
Le film distille cette douceur bienfaisante malgré les peines et les revers. Hiroshi Okuyama a la délicatesse de ne jamais s’appesantir, préférant nimber ses personnages d’une part de mystère qui laisse au spectateur une place pour l’interprétation. F. D.
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Planète B – À voir
Thriller d’Aude Léa Rapin – 1 h 58
Dans une France en plein chaos située dans un futur proche, la « loi sécurité totale » a été mise en place. Des activistes sont traqués par les forces de l’ordre. Ces défenseurs de la nature qualifiés d’« écoterroristes » tentent de résister face à un gouvernement qui a mis en place des nuées de drones de surveillance pour surveiller sévèrement le territoire. Une nuit, Julia part en mission avec le jeune Eloi pour piéger une antenne relais. Ils se font surprendre par des CRS. Julia se défend avec l’énergie du désespoir. La violence éclate et, brusquement, c’est le trou noir. La jeune femme se réveille dans une luxueuse résidence hôtelière isolée, avec piscine, parasols, transats et palmiers, le tout perché sur un piton rocheux donnant sur la mer. Un décor à première vue paradisiaque. Mais elle découvre progressivement qu’il s’agit d’une prison virtuelle, appelée Planète B.
Situé entre le blockbuster de S-F américain et le film de genre à la française, ce percutant thriller d’anticipation possède certes quelques défauts de fabrication, mais il restitue parfaitement l’angoisse que peut ressentir un être humain égaré dans le néant d’internet. O. D.
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Joli joli – À voir
Comédie musicale de Diastème – 1 h 56
Clara Luciani en star de cinéma blond platine, parapluie rouge sur l’épaule et spleen sous la neige (en fait des fécules de pomme de terre), on pense forcément aux Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, Palme d’or entièrement chantée qui fête ses soixante ans. Dans Joli Joli, pas de guerre d’Algérie pour briser les couples mais des histoires d’amour entre Paris et Rome dans les années 1970. Une Opérette pop et rétro, tournée entièrement en studio, où se croisent des personnages qui ne pensent qu’à tomber amoureux. Diastème et Alex Beaupain font chanter et danser un casting éclectique et plaisant. José Garcia, William Lebghil, Grégoire Ludig, Vincent Dedienne, Victor Belmondo, Thomas VDB ou encore Laura Felpin surmontent leur peur du ridicule avec un plaisir contagieux. Une boule à neige idéale pour les fêtes. E. S.
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Nosferatu – On peut voir
Épouvante-horreur de Robert Eggers – 2 h 13
Une silhouette menue se détache de la pénombre, une voix brisée par la solitude s’élève et implore « Ange gardien, Esprit des sphères célestes, entendez mon appel ». Des ténèbres, Lily-Rose Depp émerge. Le visage balayé par un clair de lune fantasmagorique. Sur les rideaux de sa chambre se détache l’ombre massive d’un homme. Prise dans une crise de somnambulisme, son Ellen sort dans les jardins avant d’être prise de convulsions. De sa bouche émanent des gémissements, dont on ne sait s’ils sont de plaisir, de terreur ou de douleur. Des années plus tard, Ellen est une jeune mariée tourmentée par de sombres pressentiments. Son époux Thomas (Nicholas Hoult), avoué chez un notaire, doit écourter leur lune de miel pour se rendre en Transylvanie chez le mystérieux comte Orlok, désireux d’acquérir une propriété délabrée dans leur ville hanséatique de Wisburg. La dette qu’Ellen a contractée, adolescente, avec cette puissance maléfique, va devoir être honorée.
Admirateur de Murnau, Robert Eggers tisse un sublime livre d’images gothique qui dépouille le vampire de ses oripeaux romantiques pour revenir à l’épouvante pure. Mais le cinéaste peine à apporter du sang neuf. La scène d’ouverture annonce d’emblée le dénouement sacrificiel et érotique. À force de remixer tous les mythes vampiriques, Nosferatu s’avère bien moins transgressif qu’il ne le croit. Cet écrin creux est d’autant plus dommage que Lily-Rose Depp livre une performance ahurissante. La meilleure de sa carrière. Éthérée, son Ellen est d’un autre siècle. C. J.
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Mon inséparable – À éviter
Drame d’Anne-Sophie Bailly – 1 h 34
On distingue rapidement le visage de Laure Calamy avec son bonnet de bain à fleurs. Son fils Joël, la trentaine, nage tout droit et peste sans vergogne contre une vieille dame qu’il trouve « trop lente ». On comprend rapidement que cette mère célibataire s’occupe toute seule de son fils « différent » depuis toujours. En apparence, leur vie à deux est bien réglée. Elle est masseuse. Lui, qui souffre de retard intellectuel depuis sa naissance, travaille dans un ESAT (un établissement médico-social réservé aux personnes en situation de handicap). Au cœur de cette structure spécialisée qui vise à l’insertion professionnelle, Joël rencontre Océane, une jeune femme également handicapée, dont il tombe amoureux. Ils font l’amour dans une remise et Océane tombe enceinte. La nouvelle bouscule les parents d’Océane, surtout le papa qui s’interroge avec virulence sur le consentement de sa fille. Les deux jeunes sont sous tutelle. Mais l’amour est là. La psychiatre qui les questionne dans son cabinet ne peut que constater leur envie commune de garder le bébé pour l’élever. Alors que la relation entre Mona et son fil était jusqu’alors fusionnelle, une page se tourne brutalement dans la vie de l’héroïne dépassée par les événements. La quadragénaire désorientée s’échappe, sort un soir dans un bar, s’enivre avec une copine, drague un sympathique barbu originaire de Charleroi et le ramène chez elle pour une nuit d’amour. Au petit matin, la rencontre avec Joël fera des étincelles…
Ce drame douloureux traite son intrigue avec un réalisme rude, pesant et sans philtre. Si louable soit-il, avec Mon inséparable le spectateur reste bien trop souvent au fond de la piscine. O. D.
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Le Déluge – À éviter
Drame de Gianluca Jodice – 1 h 41
Adieu, Versailles, le couple royal se retrouve à la prison du Temple. Le changement est brutal. On les parque dans un immense salon vide, les oblige à dormir sur des galetas, à même le sol. Leur transfert dans des cellules certainement humides ne les arrange guère. Ça n’est pas une vie que de devoir mourir ainsi. Leurs majestés tombent de haut. Divers sentiments les assaillent. Chez lui, l’incompréhension, l’ennui prédominent. Elle, ce serait plutôt la colère. On sent qu’elle a envie de secouer son nigaud d’époux. La tension est telle qu’elle finit par exploser et lui balancer ses quatre vérités. Il ne moufte pas. L’ombre de l’échafaud se profile.
Du début à la fin du Déluge, le réalisateur a l’air de clamer : voyez comme je suis original, notez mon audace, applaudissez ma singularité. Il en fait trop. D’abord, cela horripile. Cela fatigue, ensuite. Comme le bourreau, la tentation n’est pas mince de demander : « Coupez ! » É. N.
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