Âgées de 35 à 45 ans, elles connaissent un succès fulgurant sur les réseaux sociaux et remplissent les salles avec leur humour grinçant et déculpabilisant sur la maternité, le couple et la sexualité.
Culpabilité, charge mentale, injonctions… Une nouvelle génération d’humoristes fait voler en éclats les diktats qui pèsent sur les femmes. Fini l’époque où seules quelques reines du genre, de Florence Foresti à Muriel Robin en passant par Valérie Lemercier ou Blanche Gardin, dominaient plateaux de théâtre et de télé. Instagram, le confinement et le développement du stand-up ont permis aux femmes d’émerger sur un terrain longtemps réservé aux hommes, en s’adressant directement au public. Elles sont authentiques, parlent de leur vie quotidienne et nouent des liens forts avec leur public via les réseaux ou directement sur scène en interagissant avec les spectateurs.
Florence Foresti a ouvert la voie en 2010 avec son spectacle Mother Fucker, où elle a brisé l’image idéalisée de la maternité. Vous apprendrez à déculpabiliser en tant que mère avec Diane Segard, à vous libérer des tabous autour de la sexualité avec Bérengère Krief, à affronter la crise de la quarantaine avec Nora Hamzawi, à trouver l’âme sœur avec Rosa Bursztein et à vous sentir moins seule avec Marine Leonardi. Leurs spectacles, programmés jusqu’en 2026, affichent rapidement complet, même pour des Zénith. Philippine Delaire, Elena Nagapetyan, Marion Mezadorian, Blandine Lehout et Laurie Peret portent elles-aussi haut l’humour noir, l’irrévérence et l’insolence en libérant la parole féminine et en abordant des sujets délicats comme l’infidélité, la rupture ou l’infertilité avec légèreté.
Marine Leonardi, jeune mère en détresse
« Vous n’êtes pas seul.e.s. » Marine Leonardi s’adresse à son public comme à une amie, évoquant la famille, le couple et la maternité avec une bonne dose de cynisme. Ancienne cadre chez Shiseido et diplômée de l’ESSEC, elle a décidé à 30 ans de se reconvertir dans le stand-up. Pari réussi : elle compte désormais près de 600 000 abonnés sur Instagram et sa tournée en 2025 affiche complet, avec déjà des dates en 2026. Ses vidéos face caméra, où elle aborde des sujets comme les caleçons de son mari qui traînent ou la vasectomie, sont devenues virales atteignant jusqu’à atteindre plusieurs millions de vues.
Sur scène, au petit Palais des Glaces, où 99,9 % du public est féminin, elle aborde des thèmes tels que l’accouchement, le congé maternité (« mon mari est un stagiaire »), les difficultés de procréer (« les spermatozoïdes décapités de son mari »), ou encore l’éducation positive et les complexes (« mes seins ressemblent à des lobes d’oreilles »). En couple depuis huit ans, elle décrit avec férocité et élégance les défis des jeunes parents (« des codétenus ») et la baisse de libido (« je préfère avaler que lancer une machine »). « J’ai gagné beaucoup de followers en parlant de mon mari. C’est même devenu mon métier. S’il se barre, je serai fière de lui ; il aura trouvé la valise. »
Sans mise en scène flamboyante, Marine occupe parfaitement l’espace, jouant de son visage expressif avec des mimiques qui rappellent Gad Elmaleh ou Florence Foresti. C’est cru, drôle et authentique. Que pense son mari ? « Il a vu le spectacle deux fois et il a adoré. Il ne s’est pas senti concerné. » Un véritable bijou, et une comédienne très prometteuse.
Mauvaise graine, en tournée dans toute la France jusqu’en avril 2026 et chronique chaque lundi sur France Inter.
Rosa Bursztein, en quête de l’amour
À l’instar de Marine Leonardi, Rosa Bursztein fait partie de cette génération d’humoristes trentenaires talentueuses et sans filtre qui se démarquent sur Instagram, France Inter et sur les planches.
Sur la scène du charmant Théâtre Lepic, vêtue d’une robe à fleurs et de talons pailletés, Rosa ne se considère plus si jeune : « J’ai pris un coup de vieux, j’ai 35 ans, mais je me sens comme si j’en avais 250 ! Je ne tiens plus l’alcool, je préfère sortir avec des gars qui savent cuisiner et qui mesurent plus de 1,80 mètre. » Son credo ? Sa quête difficile de l’âme sœur, « un tour des 80 connards en 1 h 15 ». Elle partage son récit personnel sur l’amour, souvent toxique, la difficulté des rencontres (« Sur un tournage, tu cherches pas un mec, tu cherches à ne pas te faire violer ») et le poids de son éducation ashkénaze (« Le milieu de l’humour est compétitif, je tire le fil de mes origines »).
Cette Parisienne d’origine niçoise se définit comme juive athée (« Je préfère que mes enfants soient gays plutôt que croyants »), mauvaise féministe, mauvaise écologiste et mauvaise gauchiste (« Je suis une meuf de droite avec des références de gauche »). Elle apprécie la politesse, dormir et les jeux de mots (« Mon beau-frère, c’est le ballon d’or des Ashkénazes »). Dans la salle, elle interpelle des couples, recherche son futur beau-père et demande au public de « vocaliser » sur les bonnes blagues. Avec un verbe haut, un regard espiègle et un rire communicatif, tout est réuni pour vous embarquer dans son humour insolent. Elle aborde la sexualité sans détour et évoque également la congélation de ses ovocytes.
Mais depuis 18 mois, Rosa est amoureuse de Michael, également humoriste, grand et mince (« un long lévrier hongrois »). Avec émotion, elle raconte une fausse couche et se rêve maman de Solal et Rebecca. On attend avec impatience de découvrir cet épisode dans son prochain spectacle.
Dédoublée, en tournée dans toute la France jusqu’en mars 2026 et chronique chaque mardi sur France Inter.
Bérengère Krief, le sexe sans tabou
Bérengère Krief se livre sur scène avec une sincérité désarmante. Dans son spectacle Sexe, elle aborde les thèmes de la féminité et de la vie quotidienne avec une finesse remarquable.
Pendant plus d’une heure, la pétillante blonde parle de sexe sans jamais tomber dans la vulgarité. En pleine crise d’adolescente à 40 ans, elle s’affranchit enfin de sa famille (surtout de sa mère, personnage hilarant de son spectacle) pour s’exprimer librement sur sa sexualité, un sujet « non vital » mais essentiel.
Sa vie sentimentale n’est pas toujours rose : elle accumule les partenaires, les déceptions et nous régale de nombreuses expériences inédites: le chaman chilien, le Kamasutra expliqué aux enfants, le danger d’une goutte de Paic citron, sa première fois avec une femme… C’est drôle, bien écrit et jouissif.
Sexe, en tournée jusqu’en décembre 2025.
Diane Ségard, maman angoissée
Née en 1991 dans une famille bourgeoise et catholique, Diane Ségard a grandi à Saint-Germain-en-Laye. En 2017, elle donne des cours de théâtre dans des écoles maternelles. Pendant le confinement, elle commence à publier des vidéos face caméra, où elle croque avec justesse divers profils de mères, avec une écriture ciselée et des expressions jubilatoires.
Avec ses personnages, Anne-So la déglingo ou Stéphanie de l’Epad des Glaïeul, l’humoriste a conquis le public sur Instagram, où elle cumule près d’un million de followers. Elle transforme l’essai avec son premier spectacle Parades qui affiche complet et dont une tournée des Zénith est déjà prévue en 2026.
Parades, en tournée jusqu’en mars 2026.
Nora Hamzaoui, crise de la quarantaine
L’humoriste de 40 ans traverse clairement une crise. « Ça fait 10 ans que je me demande si je suis heureuse en couple ; je vais encore prendre 5 à 8 ans de réflexion. » Dans son troisième spectacle, Nora Hamzaoui parle d’elle-même (ce qu’elle préfère) et surtout de son couple, en pleine dérive dans le chaos mondial.
Nora est angoissée à l’idée que le four soit resté allumé, face à la perspective de vieillir, et avoue être accro aux antidépresseurs (Prozac, mon amour). Elle se délecte de l’instant où elle se glisse dans ses draps propres à 21 heures, tout en étant en couple depuis 12 ans et jeune maman. Son compagnon ne parle pas assez fort, est taiseux et n’a pas d’idées de restaurant. Elle se débat avec des cuissardes trop serrées (son cadeau de 40 ans) et s’excuse de tout. À 40 ans, faut-il se contenter d’avoir un toit sur la tête et d’être en bonne santé ? Ou aspirer à toujours plus ?
Nora est très drôle, avec une diction parfaite, une présence scénique impeccable et un contact facile avec le public. Son spectacle saura toucher les quadragénaires et au-delà.
Nora Hamzaoui, à l’Olympia du 14 au 18 janvier puis en tournée jusqu’en mai 2026.
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