CINÉMA. « Le cinéma c’est mieux que la vie », de Claude Lelouch
Fruit de vingt ans de travail entre un réalisateur, Claude Lelouch, et deux auteurs, Jean Ollé-Laprune et Yves Alion, Le cinéma c’est mieux que la vie s’impose comme l’un des meilleurs livres d’entretiens sur le cinéma jamais conçus autour d’un cinéaste. La disponibilité de Claude Lelouch, la mise à disposition de ses archives, la très riche et astucieuse iconographie, parfaitement bien agencée avec le jeu des questions-réponses, expliquent cette réussite.
Il fallait du temps et un espace éditorial important pour balayer une carrière unique dans le cinéma français, tant par sa longévité que par sa qualité : 51 films à ce jour, du Propre de l’homme (1960) au plus récent, Finalement (2024). Intelligemment construit, de manière chronologique, mais aussi en ouvrant des espaces thématiques – consacrés à la Nouvelle Vague, la boxe, l’Occupation ou à l’un des maîtres de Claude Lelouch, Mikhaïl Kalatozov, le réalisateur soviétique de Quand passent les cigognes (1957), dont le style opératique influencera durablement le réalisateur de La Bonne Année (1973) et des Uns et les Autres (1981) –, Le cinéma c’est mieux que la vie se situe au-delà du simple examen d’une filmographie, aussi riche soit-elle, parvenant à dresser le portrait d’un cinéaste indépendant.
Un récit passionnant
Les circonstances entourant la production pour le moins malmenée d’Un homme et une femme, le film emblématique de Lelouch, Palme d’or au Festival de Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger l’année suivante, plus grand triomphe du cinéaste, font l’objet d’un récit passionnant sur la part de chance nécessaire au succès, avec cette idée qu’un cinéaste, avant de trouver son public, a souvent raison contre tous.
Le lien difficile, passionnel, antagoniste entretenu par Claude Lelouch avec la Nouvelle Vague, sa possible inclusion puis réelle exclusion d’un groupe dont François Truffaut, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol étaient les étendards, de même que les engagements du réalisateur de L’aventure c’est l’aventure (1972), à travers une œuvre collective comme Loin du Vietnam (1967), racontent aussi une histoire d’un cinéma français éminemment politique. Il fallait parfois jouer d’entrisme pour exister en son sein, en se positionnant dans les affaires du monde afin d’affirmer sa crédibilité. A cela comme au reste, Claude Lelouch apporte une réponse simple : il est inclassable, différent, irréductible aux catégories. S. Bd
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