Ce n’est pas une poule mouillée l’héroïne du film de György Palfi, fable dans laquelle le cinéaste met une « petite créature au cœur d’une grande tragédie ».
S’il a l’habitude de mettre en scène des animaux dans ses films, c’est une « Cocotte » que le cinéaste hongrois György Palfi a choisi cette fois de mettre à l’affiche (sortie le 27 mai). Présenté en avant-première aux Rencontres Cinématographiques de Bretagne, à Guingamp, ce long-métrage tourné en Grèce débute par un gros plan sur un cul de poule, d’où est pondu un œuf. Un œuf parmi tant et tant d’autres dans une usine, un couvoir industriel, une coquille d’œuf d’où émerge un poussin. Parmi tous ces poussins emportés sur des tapis roulant, c’est le seul poussin noir, qui devient une petite poule noire à crête rouge, une « erreur de la nature », rejetée, isolée.
Cette « Cocotte » est le personnage principal du film, une poule, une vraie, pas une poulette d’animation comme dans « Chicken Run ». Prête à l’expédition comme toutes ses congénères, elle est sortie de la cargaison, à cause de sa couleur, par le camionneur qui se la réserve pour consommation personnelle. Lors d’un arrêt à une station-service, elle s’échappe du camion par la fenêtre et roule ma poule ! Cette « héroïne intrépide » n’est pas une poule mouillée mais une exploratrice qui va vivre bien des aventures : partager une poubelle avec un pigeon, échapper à un renard, traverser une autoroute, aller au marché, participer à une manif… Seule dans la nature, elle picore par-ci par-là jusqu’à se faire attraper par un chien qui la rapporte à son maître, vieux propriétaire d’un restaurant de poissons, isolé, fermé hors-saison, et lieu de trafics en tout genre.
Une fantaisie qui vire au drame

Enfermée dans le poulailler, elle est maltraitée par des dindons, la proie d’un vieux coq de basse-cour, pond des œufs ramassés chaque jour dont elle se demande ce qu’ils deviennent. Pendant ce temps, les humains mènent leur curieuse vie d’humains, et bien à l’insu de son plein gré un de ses œufs va causer « une tragédie de vies humaines ».
Utilisant un angle décalé (le monde vu d’une poulette), György Palfi joue ainsi de l’interaction entre les univers, animal et humain. Avec huit poules différentes dans le rôle de « Cocotte » (dont Feri, Anett, Nora…), son film est d’abord une fable sympathique, originale, fantaisiste et souvent drôle, avant de virer au drame (mort de migrants, règlement de comptes sanglant…), de quoi donner la chair de poule, envoyant sa « petite créature au cœur d’une grande tragédie », mais après tout on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Que les spectateurs soient rassurés : « Aucune poule n’a été blessée pendant le tournage ».
Patrick TARDIT
« Cocotte », un film de György Palfi (sortie le 27 mai).
Source du contenu: infodujour.fr
