« Le cinéma indépendant est un refuge face au trumpisme » pour la directrice de la Berlinale 2025

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L’Américaine Tricia Tuttle espère convaincre les grands producteurs, attirés par les lumières des festivals de Cannes et de Venise, de se tourner à nouveau vers Berlin.

Le cinéma indépendant et les festivals peuvent être « un refuge » face au trumpisme et au rejet de la diversité et du pluralisme, déclare à l’AFP la nouvelle directrice du Festival du film de Berlin, Tricia Tuttle. À 55 ans, cette Américaine espère convaincre les grands producteurs, attirés par les lumières de Cannes et Venise, de se tourner à nouveau vers Berlin.

Allez-vous imprimer votre touche à cette 75e Berlinale, la première que vous dirigez ?

Tricia TUTTLE : Vous verrez peut-être une sorte de nouvelle énergie. (…) J’adore penser à des moyens de connecter les cinéastes avec le bon public. Pour moi, ce n’est pas suffisant de remplir un cinéma. Vous voulez le remplir de personnes, en particulier lors de la première mondiale, qui vont sortir et partager l’amour et le répandre autour du monde.

La Berlinale est souvent vue comme très politique. Souhaitez-vous conserver cela ?

Je veux vraiment que les gens parlent de cinéma. (…) Je ne pense pas que nous puissions ou devions éviter les films qui regardent à quel point le monde est troublé et nous en offrent un reflet. Mais j’espère que nous ne sommes jamais didactiques ou excessivement simplistes. (…) Les films peuvent communiquer avec une complexité que nous perdons souvent dans les mots. Mais c’est aussi le droit des gens de parler librement.

L’Allemagne est en pleine campagne électorale et l’extrême droite espère un score historique. Avez-vous peur que les élections interfèrent  avec le festival ?

Je veux garder le festival un peu isolé de cela et ne pas interférer directement avec la politique électorale. Bien sûr, j’ai mes propres idées sur qui devrait gagner, qui ne devrait pas gagner. Mais le festival ne veut pas que cela éclipse les films et les cinéastes. Ce qui est important pour nous, c’est d’encourager les gens à sortir et à exercer leur droit démocratique de voter. En tant que festival, ce que nous représentons, c’est l’inclusion. Je n’aime pas cette montée de tous les partis autour du monde qui suscitent beaucoup de peur envers la diversité et le pluralisme, que le festival a toujours défendus.


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Avec la présidence de Donald Trump, et le retour de bâton redouté par les milieux progressistes, des festivals comme Berlin pourraient-ils être un refuge pour les artistes ?

Cela fait trois semaines de présidence Trump. Dire que nous sommes tous alarmés est un énorme euphémisme. Je ne pense pas que nous ayons jamais vu quelque chose comme ça dans notre vie. (…). J’espère que nous pouvons être un refuge. Le cinéma indépendant est un refuge. Je sais que ma vision du monde a été changée en regardant de grands films qui m’ont permis de voir le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre. Et j’adore que nous puissions faire cela.

Comment convaincre les réalisateurs de venir à Berlin plutôt qu’à Venise ou Cannes ?

C’est en partie une question de calendrier. (…) Ces 10 dernières années, il y a eu une bascule vers la saison des récompenses anglophones, en automne, et beaucoup de films (…) sortent pour cette période. (…) Cela n’aide pas les exploitants et distributeurs indépendants du monde entier qui ont besoin de films d’art et essai de qualité à sortir toute l’année. Donc, je pense qu’il faudra convaincre les grands producteurs et détenteurs de droits que nous pouvons les aider à lancer certains de leurs plus grands titres également. Cannes est un grand et beau festival et Venise est un grand et beau festival. Il y a de la place dans l’univers pour que nous lancions tous des films vraiment excitants.

Quelle mission donnez-vous au président du jury Todd Haynes ?

Je lui ai dit : «Nous espérons vraiment que vous et les jurés apprécierez cette sélection autant que nous lorsque nous la programmions». J’ai essayé de les libérer un peu de cette idée que nous disons toujours de nous-mêmes que nous sommes un festival politique. Je ne veux pas leur ordonner de ne pas faire de choix politiques mais je veux juste m’assurer qu’ils savent que je pense que tout jury doit exprimer une réponse très personnelle à ces films.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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