Un enfant juif caché chez une prostituée pour échapper à la menace nazie, un jeune homme qui voulait être handicapé mental et la révolte d’un berger dans la campagne irlandaise… La sélection cinéma du Figaro.
La Chambre de Mariana – À voir
Drame historique d’Emmanuel Finkiel – 2 h 11
En 1943, Hugo, un garçon de 12 ans, est confié à une amie de sa mère, Mariana, pour échapper à la menace nazie en Ukraine. Mariana l’accueille avec son sourire en technicolor. Elle travaille dans un bordel. La clientèle se compose de soldats allemands. La prostituée cache l’enfant dans un placard de sa chambre. Dehors, règne un bizarre remue-ménage. Tout cela, il doit le deviner, l’entrapercevoir à travers les fentes de la paroi. Il s’agit de développer ses sens, ouïe, odorat. Mariana le surveille, le protège.
Parfois, elle n’en peut plus, se console dans la bouteille, s’énerve contre lui. En guise de pardon, elle lui offre un échiquier, un porte-plume. Des liens se nouent. Au milieu de ce huis clos, une échappée conduira le garçon dans la forêt, sous la pluie. Les saisons se succèdent. La neige tombe. Les Soviétiques occupent la ville. Les choses n’ont pas l’air de s’arranger pour autant. Emmanuel Finkiel adapte le livre d’Aharon Appelfeld, multiplie les gros plans, traque au plus près ses personnages. Mélanie Thierry atteint des sommets d’émotion. É. N.
La note du Figaro : 3/4
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Simon de la montaña – À voir
Drame de Frederico Luis – 1 h 38
Pehuen, Colo, Lucy et Agustin respirent le bonheur, même si leurs regards paraissent trop larges et leurs sourires démesurément étirés. Seul Simon (Lorenzo Ferro) a l’air différent. Pourtant, ce dernier s’est pris d’amitié pour les quatre autres. Cette joyeuse équipée mène une vie ordinaire. Ils élaborent aussi des stratégies pour obtenir ce qu’ils veulent. En l’occurrence, un certificat de handicap. Sans ce sésame, impossible de faire reconnaître sa différence. En apparence, Simon, 21 ans, a tout d’un jeune homme normal. Il vit dans une famille recomposée, aide son beau-père dans ses travaux manuels mais a du mal à trouver sa place. Alors il la cherche ailleurs et se prend pour un autre. Sa mère ne le reconnaît plus. Simon est-il handicapé ou se prend-il pour un handicapé ?
On n’attendait pas un film argentin sur le handicap. Simon de la montaña se concentre sur ses personnages. Son réalisateur, Federico Luis, a banni le beau, le décor reste en arrière-plan, les gros plans dominent. Si son approche rappelle celle d’Un p’tit truc en plus, d’Artus, le traitement est très différent. Ici, les protagonistes ne sont pas présentés comme des êtres lumineux et tendres. C’est leur dimension plus sombre qui est explorée et à travers elle la notion de différence. F. V.
La note du Figaro : 3/4
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Le Clan des bêtes – On peut voir
Thriller de Christopher Andrews – 1 h 46
À la différence des bergers québécois (voir Bergers, de Sophie Deraspe, et son héros publicitaire en quête de sens en Provence), les bergers irlandais ne s’épanchent guère. Michael (Christopher Abbott) encore moins qu’un autre. Seul avec ses moutons, sous l’œil suspicieux d’un père impotent, belliqueux et irascible, il est en conflit avec Gary, le propriétaire de la ferme voisine, et accessoirement le mari brutal de Caroline, femme que Michael a aimée jadis. Quand deux béliers disparaissent de son troupeau, les ennuis ne font que commencer. À mi-chemin, alors que le sang a déjà coulé, Christopher Andrews reprend le récit depuis le début. La même histoire est racontée du point de vue de Jack, le fils de Gary.
La multiplication des points de vue a été maintes fois utilisée au cinéma. Si le procédé n’est pas d’une originalité folle, ni toujours très justifié, il n’est pas ici gratuit. Le changement de perspective est moins une façon de rappeler qu’il n’y a pas une seule et unique vérité qu’une manière de montrer que la transmission de la violence n’épargne aucune famille. É. S.
La note du Figaro : 2,5/4
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Des jours meilleurs – On peut voir
Comédie dramatique d’Elsa Bennett et Hippolyte Dard – 1 h 44
Jusqu’à présent, peu de films avaient abordé frontalement le sujet de l’ivresse au féminin. L’intrigue de ce premier long-métrage suit avant tout le parcours de Suzanne, veuve et mère de famille de trois enfants interprétée par Valérie Bonneton. Quinquagénaire au regard triste, perpétuellement fatiguée, l’héroïne s’occupe tant bien que mal de ses trois enfants. Elle finit par les emmener à l’école sous l’emprise de l’alcool. L’accident est inévitable. Suzanne perd leur garde et doit se soumettre à l’obligation de soin imposée par la justice en rejoignant un centre de désintoxication.
C’est là qu’elle rencontre d’autres femmes de tous âges et de toutes classes sociales. Parmi toutes celles et ceux qui croient en ces femmes brisées, on trouve Denis (Clovis Cornillac, épatant de naturel et de bienveillance), l’éducateur sportif du centre, lui aussi ancien alcoolique. Il a le projet fou de faire participer ses patientes en plein sevrage au Rallye des dunes, une redoutable course automobile en plein désert marocain. Sans être d’une folle audace de mise en scène, Des jours meilleurs s’avère une belle surprise cinématographique sur un sujet encore tabou. O. D.
La note du Figaro : 2,5/4
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