Citée comme témoin par l’avocat de l’acteur Me Assous, l’actrice a pris la parole durant une quinzaine de minutes mercredi avant d’aller embrasser le prévenu, visiblement ému.
Elle s’approche d’un pas décidé, droite, l’air digne dans une longue robe noire au col claudine. Fanny Ardant a été citée par Gérard Depardieu et son conseil pour déposer à la barre. Le président l’interroge : «vous avez tourné sur “Les Volets verts”, donc vous avez peut-être vu ou entendu quelque chose en lien avec les faits?»
«Je vais élargir le débat», commence l’amie de toujours de Depardieu, «je sais qu’on est ici pour chercher la vérité. La vérité, c’est la chose la plus difficile à définir». Fanny Ardant reprend : «je vais élargir le débat en disant pourquoi Gérard est un si grand acteur. Toute forme de génie porte quelque chose d’extravagant, d’insoumis, de dangereux, d’incarné. Il est et le monstre, et le saint. Et Gérard a interprété tous ces personnages en donnant tout de lui-même. Avec le pire, et le meilleur. Il est connu de Cuba à Vladivostok. Car tout le public du monde entier a pu se reconnaître dans les personnages qu’il joue. Tout le monde a pu s’identifier aux rôles que jouait Gérard». Sur le banc des parties civiles, quelqu’un souffle : «c’est insupportable». Un autre chantonne à voix basse.
«Gérard parle de la même façon à Fidel Castro qu’à un électricien»
«Gérard parle de la même façon à Fidel Castro qu’à un électricien. Il se moque, il prend de la place sur un tournage. Oui, Gérard a une grande gueule. Oui, Gérard dit des grossièretés. Il a toujours donné tout», souffle-t-elle, prenant un air las.
«Je sais que la société a changé, que les repères ne sont plus les mêmes», poursuit la comédienne, «il y a des choses qu’on tolérait et qui ne sont plus tolérables. Je sais que beaucoup n’ont pas osé venir défendre Gérard parce qu’ils avaient peur, peur de perdre leur métier, peur de ne plus pouvoir être acteur, ou, en tant que réalisateur, ne plus pouvoir faire des films. Mais la peur ne doit pas être une façon de faire obéir les citoyens», insiste Fanny Ardant. Avant de conclure : «Si je ne venais pas défendre mon ami, je m’en voudrais toute ma vie de ma lâcheté. Je ne crois qu’à la main tendue, qu’au pardon, qu’à l’amitié et l’amour».
«Nous ne sommes pas là pour faire de la morale»
Le président remercie l’actrice d’avoir apporté ces éléments, mais précise que : «nous ne sommes pas là pour faire de la morale, nous sommes là pour faire du droit». Il l’interroge ensuite sur les faits : a-t-elle entendu parler d’agression sexuelle sur le tournage ? «J’ai entendu des cris. Mais je n’ai jamais assisté à quoi que ce soit. Moi-même, je suis une femme. J’ai connu des choses comme ça, j’ai balancé des claques, j’ai dit des insultes. Mais je n’ai pas assisté à ça. Si on me demande si j’ai été témoin des faits et que je n’ai pas fait un geste pour aider cette jeune fille, je réponds que je n’étais pas là», répond l’actrice.
Ni les avocats de la partie civile, ni celui de la défense ne posent de questions. «Merci Madame vous pouvez rester dans la salle», lui indique le président. Fanny Ardant se retourne. Gérard Depardieu la fixe, le regard plein de reconnaissance, visiblement ému, rien d’autre ne semble exister. Il se lève, semble hésiter, garde finalement les genoux pliés, dans l’expectative. Fanny Ardant s’approche, saisit son visage dans ses mains. Et l’embrasse.
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