De la prison ferme contre les faussaires de meubles XVIIIe qui avaient dupé le château de Versailles

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L’ancien expert Bill Pallot et son acolyte le menuisier Bruno Desnoues écopent respectivement de quatre et trois ans de prison, dont quatre mois ferme. La galerie Kraemer a été relaxée.

Tout ça pour ça, après neuf ans d’attente d’un procès qui s’est montré pourtant retentissant, en avril, au tribunal correctionnel de Pontoise ? Toujours convaincue qu’au-delà du jeu, il y a bien eu l’appât du gain, MCorinne Hershkovitch, l’avocate du château de Versailles, au centre de la plus grande affaire de faux sièges XVIIIe, ne cache pas sa déception, à l’énoncé du verdict, mercredi : quatre ans d’emprisonnement dont quatre mois ferme pour Bill Pallot, son principal instigateur, reconnu coupable d’avoir organisé la fabrication et la vente de fausses chaises à pedigree royal.

Sauf que celui que l’on a surnommé «Le Père La chaise», pour avoir été le meilleur spécialiste du domaine ne retournera pas en prison, ayant déjà fait quatre mois de préventive, après son arrestation en juin 2016. Le dandy en costume trois-pièces et cheveux longs écope aussi de 200 000 euros d’amende à payer à la justice et d’une interdiction d’exercer la fonction d’expert dans quelque domaine qu’il soit, pendant cinq ans. Ce qui est plus pénalisant s’il veut rembourser sa dette fiscale de 1,75 million d’euros qu’il a déjà toutefois payé à 80%. La saisie confiscatoire sur son appartement du VIIIarrondissement de Paris qu’il n’a pas acheté en 1999 avec le produit de ces faux si parfaits, est levée. Le couple de portugais résident dans le Val-d’Oise et qui blanchissait de l’argent pour Bruno Desnoues ne voit pas non plus sa maison saisie, contrairement aux réquisitions du procureur.

Le tribunal a également condamné à trois ans de prison dont quatre mois ferme et 100 000 euros d’amende, le complice Bruno Desnoues, menuisier réputé du faubourg Saint-Antoine sacré meilleur ouvrier de France et qui, comble de l’ironie, avait travaillé pour Versailles.

«La sanction n’est pas très sévère pour l’expert Bill Pallot, ni pour l’ébéniste Bruno Desnoues, les deux principaux prévenus de cette affaire, car il n’y a pas de prison ferme supplémentaire à la préventive effectuée. Compte tenu des sommes et non des moindres que tous deux ont encaissés dans le cadre de ce trafic aux mains propres, en col blanc, ils ne s’en sortent pas si mal. Finalement quand on est pris la main dans le sac, on n’est pas condamné à très cher», déplore l’avocate de Versailles. « On aurait pu penser que la répercussion médiatique autour de ce scandale de faux qui a secoué le monde des antiquaires et des musées mais aussi les atteintes à la réputation de Versailles, joyau unique de l’État que je considère avoir été pris dans des manœuvres particulièrement diaboliques, les sanctions seraient plus exemplaires, regrette Corinne Hershkovitch. C’est un mauvais signe pour l’avenir, l’institution ne se sent toujours pas protégée. Et ça pourrait un jour recommencer. » 

1,2 million d’euros de commissions

Ce n’est pas un bon signe non plus pour le marché qui oublie vite les scandales. Des faux, il y en a toujours eu et il y en aura encore. Le seul point positif est que les copies dont Versailles était le gardien seront bien confisquées et déposées à la direction générale des patrimoines.

Le tribunal a acté le partage de la responsabilité des intérêts civils entre Bill Pallot, Bruno Desnoues et le château. Ce dernier avait été pointé du doigt pour ses « graves manquements » dans un rapport accablant de 2017 de l’inspection ministérielle, écornant alors sérieusement l’image du domaine national. Lors du procès, Bill Pallot n’avait pas manqué de souligner « la négligence, voire l’incompétence des conservateurs du Château qui, face à des meubles qui n’étaient pas parfaits, auraient dû s’en apercevoir ». 

«Quand je suis arrivé il y a quarante ans dans le faubourg Saint-Antoine, c’étaient des copies, des copies, des copies. Ce genre de chaises, on en faisait toute la journée», avait-il expliqué à la barre. Le duo a empoché près de 1,2 million d’euros de commissions, bien moins que les antiquaires et maisons de ventes qui ont pris de grosses marges sur la revente de ces faux.

Je suis satisfait que mon appartement ne soit pas saisi, contre l’avis du procureur, et soulagé de ne pas retourner en prison où j’ai déjà passé quatre mois en détention provisoire.

Bill Pallot

Accusée d’avoir procédé à des vérifications insuffisantes, la galerie Kraemer du parc Monceau a été relaxée comme son principal dirigeant Laurent Kraemer. Le parquet avait requis à son encontre une amende de 700 000 euros. Longue de huit ans, l’information judiciaire avait abouti à un non-lieu pour la plupart des intermédiaires entre les faussaires et les acheteurs finaux, estimant qu’ils avaient été dupés par la renommée de Bill Pallot.

« Je suis satisfait que mon appartement ne soit pas saisi, contre l’avis du procureur, et soulagé de ne pas retourner en prison où j’ai déjà passé quatre mois en détention provisoire, a déclaré Bill Pallot. C’était important aussi que le tribunal reconnaisse la responsabilité partielle de Versailles, l’obligeant ainsi à rembourser solidairement avec moi et Desnoue, 25 % de la bergère de Séné. Je suis en revanche déçu pour Sotheby’s alors que je m’étais bien défendu en expliquant tous les manquements de leur expertise. Ne pas exercer mon métier est un coup dur, je dois des sommes importantes. »

Bill Pallot doit en effet à Sotheby’s, jugé pas responsable, quelque 420 000 euros et à la famille Guerrand-Hermès 530 000 euros, pour la chaise de Jacob du cabinet de la Méridienne de Marie-Antoinette à Versailles, acquise en 2008. La facture est lourde, surtout financièrement, pour celui que le tribunal a jugé comme le cerveau de l’affaire. La tête haute, Bill Pallot, moins disert que d’habitude, est vite reparti du tribunal. Il doit décider ces jours-ci, avec ses avocats, s’il fera appel.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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