Bayrou à Brest : quelle est cette étrange statue géante mise à l’honneur par le premier ministre ?

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À l’occasion de la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le premier ministre a prononcé un discours au pied de cette œuvre mémorielle inaugurée il y a dix ans.

C’est un monument imposant, qui ne laisse pas indifférent. Ce samedi 10 mai, le premier ministre François Bayrou s’est rendu à Brest, dans le Finistère, à l’occasion de la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Vers 15h30, le locataire de Matignon a prononcé un discours près du port du Moulin Blanc, au bord de la rade de Brest, juste à côté d’une statue de 10 mètres de haut. Mais de quoi s’agit-il?

Elle représente en réalité un symbole de mémoire de l’abolition de l’esclavage. Cette statue en acier, nommée «Mémoires», a été inaugurée en 2015 et fête donc ce samedi ses dix ans. Elle a été imaginée par l’artiste Max Relouzat en 1998, descendant d’esclaves martiniquais et président de l’association Mémoires des esclavages, indique le site de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Mais c’est l’artiste quimpérois Marc Morvan qui l’a conçue.

Cette sculpture (…) nous invite à nous mettre à l’écoute de notre histoire.

François Bayrou

Sur un socle de quatre pieds, deux immenses visages difformes, ou masques, se tournent le dos. Dès le début de sa prise de parole, François Bayrou a immédiatement analysé cette statue qui pèse près de vingt tonnes. «L’histoire que cette statue nous raconte, c’est celle de millions d’hommes, de garçons, d’adultes, de femmes et de jeunes filles pour qui l’océan signifia la perte de leur liberté, de leur identité, et leur réduction à l’esclavage», explique le premier ministre. Avant de poursuivre : «En regardant, cher Max [Relouzat], cette œuvre, j’ai observé qu’il y avait deux visages : un visage masculin, tourné vers l’océan, et un visage féminin, tourné vers nous. Et nous leur rendons hommage ici, derrière cette sculpture (…) qui nous invite à nous mettre à l’écoute de notre histoire.»

Une statue qui n’a pas toujours plu

Un bel hommage pour cette statue, qui il y a quelques années, ne faisait pas l’unanimité. Ce qui pourrait expliquer pourquoi 17 années de confection ont été nécessaires. «Je ne trouvais pas d’argent et les Bretons se sont fortement mobilisés : 65% du financement de la sculpture a été fait par souscription citoyenne, c’est extraordinaire», a expliqué Max Relouzat à nos confrères d’Ici. Le militant avait proposé sa statue à plusieurs villes bretonnes, qui ont refusé.

Cet événement, pour célébrer cette journée nationale mais aussi les dix ans de l’œuvre, est prévu de longue date. Il y a deux ans, le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jean-Marc Ayrault, avait promis au maire de Brest de faire venir le président de la République au pied de la statue «Mémoires». Finalement, c’est le premier ministre qui a fait le déplacement. Et pour cause : «C’est bien plus qu’une sculpture. C’est bien plus qu’une œuvre d’art publique. Il s’agit de la mémoire collective de l’esclavage. Notre ville est fière de prendre sa part à l’éveil des consciences», confiait Bernadette Abiven, première adjointe au maire de Brest en 2015, toujours selon la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

Un symbole de mémoire et de liberté

Au pied de la sculpture, l’on peut lire sur deux écriteaux : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité» et «Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude,
l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes».

Durant son discours de quinze minutes, François Bayrou a rappelé l’histoire de l’esclavage en France, notamment avec le début de la traite négrière au XVIIe siècle et son essor un siècle plus tard. Le premier ministre a précisé qu’alors, 3321 expéditions négrières avaient quitté les côtes françaises. Dix-sept navires étaient même partis de Brest. «Mesdames et messieurs, que peuvent donc encore aujourd’hui nous dire ces masques ? Que nous devons nous garder de nous croiser les bras dans l’attitude de spectateurs, car il nous revient aujourd’hui de continuer à œuvrer pour que grandisse la liberté ici et dans le monde», a conclu François Bayrou, face à plusieurs dizaines d’élus, militants et participants.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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