CRITIQUE – Le réalisateur, mis à l’index par Poutine, met en scène l’opéra de Moussorgski. Une réflexion poignante et superbement interprétée sur la tragédie du peuple russe.
Il y a des spectacles dans lesquels on met du temps à entrer, mais qui ne vous lâchent plus une fois terminés. C’est ce qui s’est passé à l’Opéra d’Amsterdam avec la captivante mise en scène de Boris Godounov par Kirill Serebrennikov. L’homme de théâtre et cinéaste russe, qui vit à Berlin depuis que Poutine lui a rendu son passeport, ne pouvait qu’être inspiré par le chef-d’œuvre de Moussorgski, qui incarne l’intemporelle tragédie du peuple russe.
C’est ce peuple que l’on voit à travers un immeuble en coupe, dont chaque habitant a ses propres malheurs, mais dont tous regardent la même télévision d’État. Tous sauf un : un dissident qui sera le fil rouge du spectacle, et dont les textes parlés servent de liaison entre chaque tableau. Ce sont les déclarations de condamnés lors de procès politiques. Le comédien américain Odin Biron, qui jouait Tchaïkovski dans le film de Serebrennikov, est ce récitant inspiré, qui chante aussi à la perfection les interventions cruciales de l’Innocent…
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