L’économiste Marc Touati dresse un tableau particulièrement sombre de la situation économique française et européenne, s’appuyant sur des données officielles de l’INSEE pour étayer ses prévisions.
L’inflation s’emballe
Après une période d’accalmie relative en 2024-2025, les prix repartent à la hausse à grande vitesse. En France, l’inflation atteint désormais 2,5 % en glissement annuel aux normes européennes, un plus haut depuis juillet 2024, et les prix à la consommation ont bondi de 3 % en seulement trois mois.
Sur cinq ans, la facture est lourde : +20,4 % sur les prix à la consommation, dont +56,7 % sur l’énergie et +24,8 % sur l’alimentation. Marc Touati prévoit une inflation atteignant 4 à 5 % d’ici l’automne, portée notamment par la flambée des matières premières, l’indice CRB ayant progressé de 37,8 % depuis le début de l’année, soit davantage qu’au plus fort de la crise ukrainienne de 2022.
La récession est là
Les chiffres du PIB du premier trimestre 2026 sont sans appel : la France affiche une légère contraction de -0,1 %, redevenant la lanterne rouge des grandes économies de la zone euro. Plus inquiétant encore, l’économiste souligne que la croissance apparente de 2025 (+0,9 %) était en réalité artificiellement gonflée par un phénomène de surstockage anticipatif. Hors cet effet, la croissance réelle n’aurait été que de +0,1 %. La consommation des ménages, l’investissement des entreprises et les exportations sont tous orientés à la baisse.
Le chômage repart à la hausse
Alors que les médias grand public annonçaient une baisse du chômage, fondée sur une comparaison trimestrielle favorable, Marc Touati rappelle que le mois de mars seul, premier mois post-choc pétrolier, a vu le nombre de chômeurs de catégorie A atteindre 3,32 millions (+1,1 %). Toutes catégories confondues, ce sont 6,5 millions de personnes qui se retrouvent sans emploi, un niveau record hors période Covid. Les indicateurs avancés de l’INSEE pointent vers un taux de chômage pouvant atteindre 9 à 10 %.
Les taux d’intérêt, nouvelle menace
Face à une inflation persistante, la Banque centrale européenne serait tentée de relever ses taux directeurs dès le 11 juin prochain, une décision que l’économiste juge contre-productive, puisque cette inflation est d’origine structurelle et mondiale, non liée à une surdemande intérieure.
Les taux d’intérêt à dix ans sur les obligations françaises flirtent déjà avec 3,8 %, des niveaux inédits depuis 2009, et pourraient dépasser les 4 % rapidement. Or, la durée moyenne de la dette française étant de 8 ans et demi, l’État va devoir refinancer massivement une dette contractée à moins de 1 % à des taux désormais bien plus élevés, alourdissant encore davantage une charge d’intérêts déjà estimée à 75 milliards d’euros par an.
Le paradoxe américain
À rebours de ce sombre tableau européen, les États-Unis affichent une croissance de +2 % en rythme annualisé au premier trimestre, avec un taux de chômage maintenu autour de 4,3 %. L’explication tient largement à leur indépendance énergétique et à une croissance structurelle deux fois supérieure à celle de la zone euro. Depuis 1995, le PIB américain a progressé de 114 %, contre 59 % pour la France, un écart qui illustre le déclassement progressif de l’économie française sur la scène mondiale.
Le dollar face au yuan : pas de basculement imminent
À la question de savoir si le yuan chinois pourrait détrôner le dollar comme monnaie de réserve internationale, Marc Touati répond par la prudence. Si le dollar reste dominant (représentant 62 à 65 % des réserves mondiales et 50 % des transactions internationales), la Chine n’est pas en mesure de s’y substituer sans sacrifier sa propre compétitivité. Une telle bascule reste, selon lui, un horizon de quinze ans minimum.
Au final, Marc Touati maintient ses prévisions : croissance quasi nulle, inflation entre 4 et 5 %, chômage à 9 %, déficit public autour de 6 % du PIB pour 2026. Il appelle à une réduction des dépenses publiques de fonctionnement et à une baisse de la fiscalité, déplorant l’absence de vision à long terme des dirigeants français face à ce qu’il considère comme une crise historique en gestation.
Source du contenu: infodujour.fr
