Chronique des matières premières – Le destin de la noix de cajou perturbé par la guerre au Moyen-Orient

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C’est un petit fruit sec, mais il souffre lui aussi des turbulences engendrées par le conflit du Moyen-Orient : la noix de cajou ou l’anacarde, comme on l’appelle souvent en Afrique. Deux géants du secteur, l’Inde et le Vietnam sont directement touchés par les tensions autour du détroit d’Ormuz.

L’inde et le Vietnam sont les deux poids lourds asiatiques, grosso modo les deux principaux importateurs de noix brutes, qu’ils décortiquent dans leurs usines et réexportent en partie ou en quasi-totalité  – sous forme d’amandes – sur le marché mondial. C’est là que la conséquence de la guerre se fait sentir car le Vietnam écoule 10% de sa production au Moyen-Orient et l’Inde y exporte la moitié environ de ce qu’elle commercialise. 

Les statistiques du premier trimestre, depuis peu disponibles, attestent d’un ralentissement brutal des achats des pays du Golfe : en mars, premier mois du conflit, l’Inde n’a expédié que trois conteneurs d’amande de cajou vers les Émirats arabes unis, son plus gros client, aucun vers le Qatar, Bahraïn, l’Irak et l’Iran, qui sont pourtant des clients importants de l’industrie indienne, précise le dernier bulletin du service agricole N’Kalô qui a compilé les données de ces deux pays. Sur l’ensemble du premier trimestre, la baisse des achats est sensible dans tous les pays du Golfe persique, y compris à Oman, en Arabie saoudite, ou encore au Koweït. 

Hausse de stocks au Vietnam et en Inde.

Ces géants de la transformation de l’anacarde n’avaient pas anticipé la quasi fermeture d’un de leur marché, et avaient au contraire acheté beaucoup de noix brutes avant que le conflit n’éclate. Les importations indiennes du premier trimestre ont atteint plus de 255 000 tonnes, – de Tanzanie et du Mozambique pour des raisons de calendrier agricole – c’est beaucoup plus que les années précédentes. 

Comme l’Inde a vu sur les trois premiers mois ses exportations globales baisser d’environ 20%, son niveau des stocks est élevé, comme au Vietnam qui a été bien approvisionné également au premier trimestre.

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Demande qui faiblit pour la noix africaine

Conséquence de cette situation, la demande pour la noix de cajou ouest-africaine est faiblarde. Les acheteurs indiens et vietnamiens sont moins pressés de souscrire des contrats d’approvisionnement à long terme, et plus durs en affaire. Les industriels occidentaux aussi sont prudents et passent leurs commandes au fur et à mesure, ne sachant pas à quoi va ressembler la demande dans les prochains mois.  

Difficile de dire précisément quelle va être la production ouest-africaine cette année, à ce stade, mais elle ne sera peut-être pas si mauvaise que certains ne le pensaient : en Côte d’Ivoire près d’un million de tonnes auraient déjà été commercialisées, ce qui correspondrait à peu près au volume de l’année dernière, selon les sources de N’kalô. Si l’offre est bonne et la demande en diminution, les prix devraient baisser. Cette baisse est déjà perceptible chez les pays producteurs  et « ce n’est peut-être que le début » prévient Pierre Ricau, analyste senior de N’kalô. 

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Source du contenu: www.rfi.fr

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