Un programme de sciences participatives, « Bugs matter, les insectes ça compte », invite les automobilistes à mesurer l’effondrement des populations d’insectes. Leur rôle est essentiel dans l’alimentation des humains et des autres animaux.
C’est le syndrome du pare-brise. Il y a plusieurs dizaines d’années, quand on prenait la route, en voiture, pour un long trajet, il fallait à l’arrivée nettoyer son pare-brise maculé par de nombreux insectes collés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui tant les insectes disparaissent. C’est pour mieux connaitre le déclin des insectes que Vigie Nature lance en France un nouveau programme de sciences participatives intitulé « Bugs matter, les insectes ça compte », où le pare-brise est remplacé par la plaque d’immatriculation.
« Il s’agit en fait, avant un voyage, de nettoyer sa plaque d’immatriculation, de lancer une application qui nous géolocalise et puis à la fin du trajet, prendre une photo de sa plaque d’immatriculation. Le comptage des insectes est fait automatiquement », explique Colin Fontaine, le directeur scientifique de Vigie Nature, et chercheur CNRS au Centre d’écologie et des sciences de la conservation du Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Oui, en prenant sa voiture, on aide la science. Oui, en roulant, on espère tuer le plus d’insectes. Même si ce programme se déroule en France, on peut télécharger l’application partout dans le monde, et où qu’on soit, ses données seront enregistrées.
Chute spectaculaire
Il s’agit ici de mesurer de manière plus précise le déclin des insectes déjà documenté de manière spectaculaire. Deux études réalisées en Allemagne ont montré que la biomasse des insectes (le poids que représentent tous les insectes) a baissé de 75% en moins de 30 ans. C’est considérable, alors que les insectes totalisent 80% de toutes les espèces animales. Quand on parle de biodiversité, on parle surtout d’insectes ! « En termes de biomasse, il y a plus d’insectes que d’humains. En termes de biomasse, il y a à peu près autant d’humains que de fourmis », relève Colin Fontaine.
Et pourtant, à part quand ils nous piquent, le sort des insectes nous indiffèrent un peu, à la différence des espèces charismatiques. « Des études montrent que l’humain a tendance à préférer des espèces qui sont relativement proches de lui. On est fasciné par les grands singes, et moi aussi, reconnait le directeur scientifique de Vigie Nature. Plus des espèces sont éloignées de l’humain, moins on s’en préoccupe. » Et on a tort.
Dans la chaîne alimentaire
Les insectes rendent en effet de nombreux services, d’abord à la nature. Ils sont détritivores, de vrais agents de nettoyage. Ils sont surtout à la base de la chaîne alimentaire pour d’autres animaux, un peu comme le plancton dans l’océan. « Dans les milieux aquatiques, les larves d’insectes sont extrêmement utilisées par les poissons et par les amphibiens, souligne Emmanuel Desouhant, enseignant-chercheur à l’université Lyon-I. Les insectes nourrissent aussi « les chauves-souris, les oiseaux. Et bien entendu, quand on a dit oiseaux, on parle prédateurs d’oiseaux, etc. Donc oui, c’est un élément essentiel. », poursuit le chercheur au Laboratoire de biométrie et biologie évolutive.
Les insectes sont aussi utiles à notre alimentation, à nous humains. On peut s’en nourrir directement. Et puis, outre la pollinisation, les insectes sont des alliés de l’agriculture, et de la qualité de sols. « Toutes les petites bêtes que l’on trouve dans le sol vont creuser des galeries qui vont participer à l’aération du sol et à sa fertilisation parce qu’ils enterrent de la matière organique. Les bousiers vont aussi enterrer des graines, donc ils participent aussi à la revégétalisation, explique Emmanuel Desouhant. Il y a aussi la lutte biologique des insectes parasitoïdes, des insectes qui vont pondre dans d’autres arthropodes, et ça les tue. Ils sont donc utilisés en lutte biologique pour éviter l’utilisation de pesticides. »
L’agriculture tue les insectes
Les produits chimiques utilisés en agriculture et l’ensemble de nos activités humaines sont responsables de la disparition des insectes. La pollution lumineuse est mortifère : en France, l’éclairage publics tuerait près de 2 000 milliards d’insectes par an, selon Emmanuel Desouhant. Le réchauffement climatique, également d’origine anthropique, risque aussi de nuire aux insectes, notamment les abeilles.
« Plus il fait chaud souvent, plus les espèces d’abeilles sont actives plus tôt dans la saison. Mais ce décalage n’est pas le même pour les plantes. Un des risques du changement climatique, c’est de se retrouver avec des abeilles qui n’ont plus leurs plantes en floraison en même temps », explique Colin Fontaine. Et c’est un problème pour l’abeille, qui ne peut plus se nourrir, et pour la plante qui ne peut plus se reproduire. Voilà pourquoi il faut rouler pour la science, si possible en voiture électrique, et compter les insectes, tant qu’on peut encore compter sur eux.
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