L’économiste Marc Touati dresse un tableau sombre de la situation française et européenne : chômage en forte hausse, confiance des ménages au plancher, dirigeants aux abonnés absents. La crise, selon lui, ne fait que commencer.
La France est entrée en récession. Ce n’est plus une hypothèse ni une projection, c’est une réalité affirme avec force l’économiste Marc Touati dans sa dernière analyse diffusée fin avril 2026. Les indicateurs avancés sont formels : l’indice du climat des affaires publié par l’INSEE s’effondre à son plus bas depuis février 2021, époque encore marquée par le Covid-19. L’indicateur des directeurs d’achat (PMI composite) ressort à 47,6 pour la France, loin sous le seuil de 50 séparant croissance et contraction. La récession est installée, et selon Touati, le pire reste à venir. « Nos dirigeants regardent ailleurs. C’est un véritable scandale. Ce mépris ne peut plus durer » dit-il.
Pénuries et récession
Ce qui inquiète particulièrement l’analyste, c’est la dichotomie entre l’industrie et les services. Si le secteur industriel affiche un PMI au-dessus de 50 (52,8), c’est en raison d’un phénomène de surstockage préventif : les entreprises anticipent des pénuries et s’approvisionnent massivement avant que la situation ne se détériore. Un rebond artificiel et éphémère. Dans les services, qui représentent 80 à 85 % de l’économie française, l’indicateur tombe à 46,5 — un niveau historiquement bas, plus grave et plus durable qu’en 2009 ou 2014. La récession des services, c’est la récession de la France.
Cette détérioration se retrouve à l’échelle de la zone euro, dont le PMI composite ressort à 48,6. À l’inverse, les États-Unis résistent, portés par leur indépendance énergétique et par un PMI composite à 52 — une asymétrie qui pèse sur nos équilibres commerciaux et sur le moral des investisseurs.
Le chômage repart à la hausse, les ménages paniqués
Les chiffres publiés par France Travail pour le mois de mars 2026 sont sans appel. Les demandeurs d’emploi de catégorie A (sans aucune activité) atteignent 3,32 millions de personnes, en hausse de 1,1 % sur un mois. Toutes catégories confondues (A à C), ce sont 5,77 millions de personnes inscrites, un plus haut depuis octobre 2019, hors période Covid. La hausse mensuelle de 1,2 % est la plus forte observée depuis mai 2015 — quand la zone euro vacillait sous la crise grecque.
En parallèle, l’indicateur de confiance des ménages de l’INSEE s’effondre à un niveau inférieur à celui observé pendant le Covid-19 et lors de la crise des gilets jaunes. Les Français sont plus pessimistes qu’ils ne l’ont jamais été depuis la vague inflationniste de 2022-2023. Leur première crainte : la progression du chômage, que les ménages anticipent à 9-10 % dans les prochains mois, contre 7,9 % aujourd’hui. Leur consommation recule en conséquence, avec des baisses potentielles de l’ordre de 4 à 5 % en biens et services.
« On était à 13,8 % de taux de pauvreté en 2017. On sera certainement à 16 % ou plus en 2026. Voilà l’héritage » constate Marc Touati.
Le taux de pauvreté, déjà remonté à 15,4 % en 2023 selon les dernières données disponibles, devrait dépasser les 16 % en 2026. L’économiste pose la question qui dérange : où sont passées les dépenses publiques colossales engagées ces dernières années, si c’est pour aboutir à une telle régression sociale ?
Scénario noir : les risques extrêmes en cas de crise durable
Ce qui pourrait arriver en cas de crise prolongée
- Contrôle des changes et limitation des retraits en espèces
- Ponctions sur les comptes bancaires (scénario grec ou chypriote)
- Forte réduction des retraites et des prestations sociales
- Baisse des salaires des fonctionnaires
- Recul du PIB de l’ordre de 10 %, chômage à 13 %
- Nouvelle crise existentielle de la zone euro
Touati rappelle l’exemple grec : entre 2010 et 2013, le PIB s’était effondré de 30 %. En 2026, le niveau de richesse réel de la Grèce demeure encore 15 % inférieur à celui de 2007-2008. Une crise, dit-il, sait quand elle commence, elle ne sait pas quand elle se termine.
Sur le plan des taux d’intérêt, la situation est également préoccupante. Le taux à dix ans de la dette française frôle les 3,7 %, tandis que le taux à trente ans dépasse 4,5 % — un plus haut depuis juin 2009. La BCE, confrontée à une inflation supérieure à 4 %, ne peut pas actionner la planche à billets sans s’exposer aux vétos allemands et à un risque d’emballement inflationniste.
Seul motif d’optimisme affiché par l’économiste : l’espoir d’un contre-choc pétrolier à partir de l’été ou de l’automne 2026, qui pourrait limiter les dégâts. Mais avec un baril de Brent à 111 dollars et l’indice CRB des matières premières en hausse de 31 %, ce scénario reste très hypothétique. Dans le meilleur des cas, la France terminerait l’année avec une croissance de 0,4 %, une inflation à 4 %, et un déficit public autour de 6 % du PIB.
Source du contenu: infodujour.fr
