Le Muséum national d’histoire naturelle siège au Jardin des plantes, créé au coeur de Paris il y a tout juste 400 ans. Internationalement reconnue, cette institution est à la croisée de la recherche scientifique, de la conservation de collections naturalistes – la troisième au monde – et de la sensibilisation autour du monde vivant. Après la découverte de l’Herbier national dans la chronique C’est dans ta nature, RFI vous emmène dans l’atelier des taxidermistes, un métier d’art et de passion.
Dans l’atelier des taxidermistes ce matin-là, on trouve un mouton à la laine blanche et épaisse, un ours brun en position de sommeil, et un chimpanzé assis nonchalamment sur une fausse branche en bois. Ces trois animaux naturalisés – on disait autrefois « empaillés » car on utilisait de la paille pour les remplir – ont été remontés de la zoothèque.
La zoothèque est un immense bâtiment souterrain de 6000 mètres carrés où est stockée une partie des 68 millions de spécimens d’animaux, végétaux, fossiles et autres roches, préservés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).
À visionnerLe Muséum d’histoire naturelle, 400 ans de collections
Objectif pour ces trois spécimens : les dépoussiérer et leur donner un petit coup de frais avant une exposition. « La peau du chimpanzé s’est un petit peu décoloré au fur et à mesure des années sous les effets de la lumière. J’ai essayé d’y toucher le moins possible, j’ai juste fait quelques colorations », explique Lucile Borreman, taxidermiste.
Dans la zoothèque, les animaux plus anciens datent des grandes expéditions naturalistes du 19e siècle. Mais depuis la Seconde Guerre mondiale, on ne capture plus, on ne tue plus pour étudier les espèces.
Pour enrichir ses collections naturalistes, le Muséum récupère des animaux décédés dans la nature ou en captivité, explique Anne Previato, responsable du service de conservation des vertébrés. Comme ce petit oiseau, un pouillot véloce de 11 cm, mort après avoir heurté une vitre.
Lucile Borreman le sort du frigo, il est conservé dans un sac plastique. « Il reste seulement la peau, le crâne, les os des ailes et des pattes, et toutes les plumes sont rattachées à tout ça », décrit-elle.
Retirer tout ce qui peut pourrir à l’intérieur de l’animal
Tout l’intérieur de l’oiseau, tout ce qui pourrait pourrir comme les yeux, les muscles et les organes, a déjà été retiré par la taxidermiste et la peau a été traitée à la poudre d’alun. Pour certains animaux, des prélèvements ADN sont également réalisés avant la naturalisation.
« Il y a une structure que j’ai faite dans l’oiseau, avec un petit corps dont les mensurations ont été prises au préalable et que j’ai reproduit en mousse, développe-t-elle. Dans les membres, j’ai ajouté des fils de fer pour pouvoir le manipuler et lui donner la position qu’on veut. »
Ses grands yeux bleus fixés sur le petit oiseau, Lucile Borreman insère doucement, à l’aide d’une pince, un peu de ouate dans l’abdomen. Puis elle le recoud avec un fil très fin. La peau est extrêmement fine. « C’est vraiment du papier de soie, réagit-elle, c’est translucide. »
Dans les plumes humides du pouillot véloce, on aperçoit un mélange de noir, de jaune et de gris. « Je trouve que les oiseaux sont magnifiques ! Et puis, on les voit tellement de loin ! C’est valorisant de pouvoir les avoir dans les mains, même s’ils ne sont plus vivants », confie-t-elle.
La beauté du plumage est encore plus frappante au moment du séchage. Avec un compresseur qui souffle de l’air froid à petite puissance, la taxidermiste redonne son galbe au poitrail de l’oiseau.
Pour naturaliser ce passereau commun en France, Lucile Borreman s’est aidée de photos pour coller au plus près aux caractéristiques de l’espèce. Un travail délicat et minutieux.
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La peau de Siam, l’éléphant d’Asie, « pesait autour des 700 kilos »
Pour les mammifères les plus imposants, il faut au contraire de la force pour sculpter leurs corps postiches dans la mousse de polyuréthane ou la fibre de bois.
« Ce qu’on a vu de plus colossal, c’est la naturalisation de Siam, l’éléphant d’Asie qui est décédé au zoo de Vincennes dans les années 1990 je crois, et qui a été naturalisé pour la Grande Galerie du Muséum. Le taxidermiste était déjà allé au zoo pour dépouiller la peau. Et juste la peau, je crois, pesait autour des 700 kilos », raconte Anne Previato, responsable des ateliers Naturalia au Muséum. Une fois le mannequin sculpté, au moment de recoudre la peau il a fallu un taxidermiste par patte pour éviter que la peau sèche avant que le travail soit terminé, poursuit-elle.

Le travail des taxidermistes a évolué au cours du temps et il raconte notre connaissance du monde vivant et notre rapport à celui-ci. Certains spécimens très anciens comportent ainsi des erreurs d’anatomie, explique Anne Previato, car les taxidermistes de l’époque n’avaient jamais vu certains animaux ramenés du bout du monde et ils n’avaient pas non plus accès à des photos. Comme ce thylacine ou loup marsupial, naturalisé sur ses deux pattes arrière comme un kangourou ou ce volatile proche du dindon dont l’excroissance de peau au-dessus du bec a été naturalisée comme une corne de licorne.
Longtemps, les animaux empaillés puis naturalisés l’ont été dans des positions impressionnantes, de chasse ou de prédation. « Cela raconte le rapport que l’on avait au vivant mais c’est aussi lié aux limites techniques de la taxidermie de l’époque car la peau avait tendance à se retrousser autour de la bouche », précise Anne Previato.
Aujourd’hui, taxidermistes et scientifiques cherchent à se rapprocher au maximum de la réalité dans la nature pour informer et sensibiliser au mieux le public. Un travail incroyable qui permet aux chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de mieux comprendre les animaux et aux citoyens d’apprendre à les aimer afin de, collectivement, mieux les protéger dans la nature.
A l’heure de la disparition de nombreuses espèces à cause des activités humaines, garder des spécimens dans cette bibliothèque du vivant qu’est le Muséum, c’est « une nécessité pour les générations futures », conclue Anne Previato.
C’est dans ta nature[Trésors cachés du Muséum d’histoire naturelle 1/3] L’Herbier national, une réserve botanique bien gardée
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