Menaces sur l’information – France: inquiétudes sur l’avenir de la presse scientifique

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Aujourd’hui, la presse scientifique en France traverse une période assez fragile. Entre le plan social annoncé chez Prisma Media et le rachat de titres comme Science et Avenir ou La Recherche par le groupe LVMH, il y a des inquiétudes sur l’avenir de ces rédactions, et notamment sur leur indépendance. Dans le même temps, on voit circuler de plus en plus de discours, politiques notamment, qui remettent en cause certains consensus scientifiques ; par exemple sur la question du climat. Pourtant, avoir accès à une information scientifique fiable et de qualité reste essentiel pour que le débat démocratique fonctionne correctement. 

« Aujourd’hui, ce qui se passe pour la presse scientifique, c’est un séisme. En fait, c’est du jamais-vu. Et nous, ça nous inquiète très fortement, effectivement », dit Charles Behr, le président de l’AJSPI, l’association des journalistes scientifiques de la presse d’information. 

« En fait, il y a trois situations qui nous inquiètent. Il y a celle à Prisma Media, donc avec un plan social, avec 40 % des effectifs menacés. Il y a la situation à 60 millions de consommateurs où là, très probablement, il va y avoir une disparition de ce magazine. Et puis il y a ce rachat de Sciences et Avenir et La Recherche, qui sont deux magazines de sciences emblématiques et qui ont donc été rachetés par le groupe LVMH. Et on ne sait pas trop ce qui va devenir de ces magazines ».

Sciences et Avenir, La Recherche, des titres fondés il y a 79 et 56 ans, des magazines de référence, rachetés en décembre dernier avec le titre d’information économique Challenges par LVMH, le groupe de luxe du milliardaire Bernard Arnault. Les rédactions des trois magazines ont demandé, sans succès, la signature d’une charte d’indépendance par leur nouveau propriétaire. Et en l’absence de garanties pour l’emploi, les salariés ont voté une motion de défiance contre LVMH en février.

Chez Prisma Media, le numéro un de la presse magazine française, le couperet est déjà tombé : ce sont 40 % des effectifs, soit 279 postes, qui sont supprimés pour le groupe repris en main par des proches du milliardaire catholique et ultraconservateur Vincent Bolloré. Et de vraies craintes pour des magazines comme Géo ou encore Ça m’intéresse. Enfin, 60 millions de consommateurs, mis en vente par l’État, pourtant référence pour la défense des consommateurs, à l’origine de nombreuses enquêtes comme celle qui avait traité des poupées sexuelles à caractère pédopornographique en vente sur la plateforme Shein, ou de la présence de pesticides dans les protections hygiéniques.

« L’information santé sauve des vies »

« Ce sont les magazines qu’on retrouve dans la salle d’attente, chez notre dentiste, chez notre médecin. Et mine de rien, on absorbe de l’information santé, des conseils utiles pour notre quotidien. Et c’est ça qui est important, c’est de défendre les sciences spécialisées, mais aussi dans les magazines généralistes », explique Charles Behr.

Pour défendre les sciences et l’actualité scientifique, cela nécessite des journalistes de dossier, des journalistes formés, car les enjeux sont loin d’être anodins. « Une bonne information agit directement sur la vie. L’information santé sauve des vies. Quand il s’agit d’environnement, cela a un vrai impact sur les gestes que la population peut faire au quotidien, mais aussi sur son choix dans les urnes pour changer les politiques environnementales. Donc on se rend bien compte que l’information scientifique, qui paraît complexe, en fait, elle est hyper ancrée dans le quotidien des gens. »

Et donc source également de nombreuses opérations de désinformation. Si l’État français a lancé récemment une stratégie nationale de lutte contre les fausses informations scientifiques, notamment en matière de santé, avoir accès à une presse spécialisée ou grand public de qualité est d’autant plus primordial.

Source du contenu: www.rfi.fr

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