Questions d'environnement – Cessez-le-feu en Iran: le biocarburant est-il la solution pour se passer du pétrole?

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Le blocage du détroit d’Ormuz a souligné la dépendance aux énergies fossiles. Pour faire rouler les voitures, des alternatives existent, comme le bioéthanol, produit à partir de végétaux, au risque d’accaparer des terres agricoles au détriment de la sécurité alimentaire.

L’effet ne s’est pas fait attendre : sitôt un cessez-le-feu de deux semaines annoncé entre l’Iran, les États-Unis et Israël, le prix du baril de pétrole est largement redescendu en-dessous des 100 dollars. Un soulagement, s’il est confirmé, pour tous les automobilistes de la planète, effrayés par l’explosion des prix de l’essence depuis les premiers bombardements sur l’Iran. En quelques semaines, le biocarburant a ainsi eu le vent en poupe partout dans le monde.

Le biocarburant, ou le bioéthanol, est un carburant fabriqué à partir de matière végétale, céréales ou betterave. En France, dans les stations essence, il s’appelle E85 parce qu’il est composé jusqu’à 85% de produits végétaux, le reste étant du pétrole. Hier, avant l’annonce du cessez-le-feu, il s’affichait à 85 centimes le litre, quand le carburant classique coûtait au moins 2 euros. Des automobilistes ont ainsi décider de passer au bioéthanol, grâce à un petit boitier rajouté dans le moteur. « C’est le fameux boîtier éthanol qui permet de faire des économies au quotidien en roulant avec un carburant made in France et un carburant écologique, expliquait sur France 2 un garagiste, Sylvain Catard. C’est votre budget annuel divisé par deux »Économique, oui, puisque le bioéthanol permet d’économiser plusieurs milliers d’euros par an. Mais sa dimension écologique est plus controversée.

De la nourriture dans le moteur

Une voiture qui roule au biocarburant reste une voiture à moteur thermique, et son bilan environnemental « est très mitigé, juge Bastien Gebel, responsable décarbonation de l’industrie automobile au sein de l’ONG Transport et environnementD’un côté, on a une réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’environ 50% par rapport au pétrole, mais je rappelle que la réduction d’émissions de gaz à effet de serre de l’électrique est de 80%. Deuxième point, la question de la qualité de l’air : les résultats des biocarburants sont assez décevants puisqu’ils émettent les mêmes quantités de polluants que les véhicules qui roulent au pétrole ».

Surtout, pour produire du biocarburant, on utilise des terres agricoles. Un réel problème dans un monde où tout le monde ne mange pas à sa faim, où il peut y avoir des tensions sur les terres agricoles disponibles. L’an dernier, le Pulitzer Center publiait une enquête très critique sur un projet européen de biocarburant au Congo-Brazzaville qui pourrait menacer la sécurité alimentaire. En Europe, les surfaces agricoles utilisées pour le biocarburant permettraient de nourrir 120 millions de personnes. Le biocarburant, c’est un peu de la nourriture qu’on mettrait dans le moteur de sa voiture.

La solution électrique

« Au niveau mondial, la surface agricole mobilisée pour produire ces biocarburants est équivalente à la taille de l’Italie, souligne Bastien Gebel. C’est quand même une surface très conséquente. Et l’augmentation de l’usage de ces carburants-là, notamment pour décarboner les secteurs aériens et maritimes, augmentera la surface totale mobilisée au niveau mondial qui sera équivalente à la taille de la France en 2030 ». Il y a bien les biocarburants de deuxième génération, produits à partir de résidus, de déchets végétaux, mais les stocks disponibles sont limités ; ce n’est pas comme ça qu’on pourra décarboner l’industrie automobile.

La seule solution durable reste la voiture électrique – on y revient toujours. « La meilleure solution pour les automobilistes est clairement de passer à la voiture électrique plutôt qu’au biocarburant, assure Bastien Gebel, de Transport et environnement. Il reste un surcoût à l’achat de ces véhicules, mais qui est largement amorti, surtout dans une période de prix des carburants qui explosent et qui est une période qui peut être amenée à durer. C’est le bon moment pour investir dans une solution électrique ». Quel que soit l’avenir du cessez-le-feu annoncé autour du détroit d’Ormuz, c’est toujours le bon moment pour passer à l’électrique.  

Source du contenu: www.rfi.fr

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