Les journées se suivent et ne se ressemblent pas à la fashion week de Paris, qui se déroule jusqu’au 10 mars. Alors qu’en début de semaine une tendance nette se profilait autour d’un vestiaire sexy et élégant, les créateurs ont montré, les 5 et 6 mars, des garde-robes exubérantes qui semblent davantage destinées à amuser celles qui les portent qu’à séduire un regard extérieur.
Jack McCollough et Lazaro Hernandez signent leur deuxième collection pour Loewe. Le tandem américain est connu pour avoir fondé Proenza Schouler, qui a fait les grandes heures de la fashion week de New York dans les années 2000. Ce fait de gloire déjà ancien explique que le milieu de la mode est d’abord resté circonspect quand LVMH a choisi le duo pour succéder à Jonathan Anderson chez Loewe, en 2025. Il semblerait pourtant que la famille Arnault ait eu le nez creux.
Le défilé a lieu dans la cour du château de Vincennes, dans une immense structure rectangulaire décorée d’un motif vichy vert pomme. A l’intérieur, tout est blanc, sauf le sol jaune luisant et les drôles de peluches-sculptures signées de l’artiste Cosima von Bonin, en forme d’orque ou de chien. « On voulait vraiment insuffler un esprit ludique, expérimental, joyeux et optimiste. Loewe n’est pas une marque qui se prend trop au sérieux », expliquent les designers.
Cette espièglerie se mêle à une volonté de pousser le plus loin possible les expérimentations sur les matières. « Qu’est-ce qu’un artisanat d’avant-garde ? Que pouvons-nous faire aujourd’hui que nous ne pouvions pas faire hier ? », questionnent les Américains, qui, au vu de cette collection, semblent déjà avoir trouvé un certain nombre de réponses. Le premier look est une impressionnante nuisette en caoutchouc épais et brillant, où apparaissent en relief les détails d’une nuisette en soie (la dentelle, les surpiqûres, le petit nœud).
Le cuir est aussi au cœur d’un jeu de trompe-l’œil : réduit en fines bandelettes, il sert à composer un manteau volumineux comme une fourrure ou à tricoter un pull jacquard. Un manteau en cuir lisse, jaune et zippé, pourvu de parties gonflables (aux poignets, sur le col et la capuche), fait penser à un élégant gilet de sauvetage. Sur un autre pardessus, c’est la doublure en motif vichy qui peut se gonfler et s’évacuer sur les côtés, par les fentes latérales.
Contrairement à d’autres designers chez qui la recherche textile se fait au détriment de la silhouette, Jack McCollough et Lazaro Hernandez ne perdent pas de vue qu’un vêtement doit aussi mettre en valeur. Ils veillent à montrer suffisamment de peau et à calmer le jeu avec quelques bons basiques − conscients qu’aussi fascinante soit-elle, la nuisette en caoutchouc a peu de chance de devenir un best-seller. Les expérimentations ne servent pas seulement à créer de belles images pour le défilé : « Ce qui est super, c’est qu’on peut les reproduire sur des sacs ; et la maroquinerie est très importante pour cette maison », observent justement les designers.
Robes bouffantes
Une maison de mode féminine dessinée par une femme : tel est l’ADN de Chloé, fondée en 1952 par Gaby Aghion (1921-2014), qui voulait vêtir ses contemporaines de manière moins formelle que les couturiers de l’époque. A l’exception du long règne de Karl Lagerfeld, la marque aujourd’hui détenue par Richemont a toujours choisi des designers femmes (Stella McCartney, Phoebe Philo, Clare Waight Keller, Gabriela Hearst…). Chemena Kamali perpétue cette tradition et affine, depuis 2023, une proposition mode qui ne cherche pas à séduire un regard masculin.
Pour cette collection automne-hiver 2026-2027, présentée dans le bâtiment moderniste de l’Unesco, l’Allemande se lance dans une célébration « des savoir-faire artisanaux d’inspiration folklorique ». Les costumes traditionnels la touchent par « leur beauté, mais aussi la sensation du temps et de l’effort qui leur ont été consacrés », explique-t-elle dans sa note d’intention. Les broderies champêtres, les motifs à fleurs et à carreaux, les volants étagés, les plastrons plissés se mélangent à des références au Chloé des années 1970 et 1980. Nœuds, grigris et ornements métalliques dorés s’agrègent sur des manteaux-capes enveloppants, des robes bouffantes requérant des dizaines de mètres de mousseline de soie, des vestes à grand col, le tout décliné dans des couleurs clivantes (vert pomme, vermillon, jaune poussin, violet, etc.). Une silhouette recherchée, mais trop chargée pour être séduisante.
L’état d’esprit de Cecilie Bahnsen est assez proche. La Danoise, qui définit son travail par « l’amour de l’artisanat et du romantisme », s’est fait connaître avec ses robes vaporeuses à la candeur assumée, souvent fleuries et volantées. Après avoir fêté les 10 ans de la marque qui porte son nom en organisant un défilé à Copenhague, en août 2025, elle revient dans la capitale française avec un format original, entre la répétition et le spectacle de danse. « J’ai appelé cette collection “Entraînement” parce qu’en mode comme en danse on apprend en pratiquant. Les pièces ne sont jamais vraiment terminées ; elles évoluent grâce à la patience et au soin qu’on y apporte », affirme-t-elle.
Dans les anciens locaux brutalistes du Centre d’information et de documentation jeunesse, près de la tour Eiffel, des danseuses commencent par s’échauffer, laissant au public le loisir d’observer leurs robes à fleurs transparentes plus ou moins déstructurées ; tout un vocabulaire du ballet s’y greffe, avec les tutus, les mailles près du corps, les guêtres, les chaussons, le blanc et le rose pastel. Une collaboration avec The North Face décale le propos : des rivets, des lacets, des bretelles rembourrées, des sangles de poitrine s’ajoutent à ce vocabulaire mignon, qui gagne ainsi en singularité. Décidément, tout est possible à la fashion week de Paris.
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