Sur les podiums londoniens, un joyeux mélange des cultures

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Réputée pour son cosmopolitisme, Londres peut compter sur la mode pour en apporter une illustration. Lors de la dernière édition en date de la fashion week, organisée du 19 au 23 février, plusieurs designers, qui ont choisi le Royaume-Uni pour lieu de résidence ou cadre de leur prêt-à-porter, ont revendiqué leur héritage comme un motif de fierté.

Dans un salon de l’hôtel Mandarin Oriental, Chet Lo reproduit les marchés de nuit hongkongais qu’il a arpentés lorsqu’il était plus jeune. « Les marchés nous mettent tous à égalité et nous attachent à une communauté », veut croire le designer, basé dans la capitale britannique depuis 2015. Entre des étals de tee-shirts et de bubble tea, le Sino-Américain met en scène un gang de personnages théâtraux à partir de sa signature, une maille hérissée de pointes. Devant les stands passent un vagabond excentrique en pull à capuche piqué de plumes ; des mafieux louches et tatoués à chemise ouverte ; des élégantes en robes moulantes, abritées sous une ombrelle.

Foday Dumbuya, du label Labrum London, installé à Londres depuis son adolescence, convoque, lui, les imaginaires de l’Afrique de l’Ouest. Symboliquement, celui qui a signé les uniformes des athlètes de la Sierra Leone pour les Jeux olympiques de Paris 2024 a fait installer deux métiers à tisser pour des étoffes tie & dye ouest-africaines sous les ors du Great Hall, à Westminster, où fut signé, en 1945, l’acte constitutif de l’Unesco. « Le textile est un vecteur de culture rassembleur, qui existait avant les frontières, avant les passeports, avant l’idée d’Etat-nation », défend-il. Abouti et rythmé par la musique du Ghanéen Ebo Taylor, le show hybride dans un même élan british tailoring, denim japonais, broderies imitant des coquillages cauris, sacs seaux en crochet et raphia, et coiffes en éventail bluffantes, inspirées de l’allure de guerriers touareg.

Pétales de tissu

C’est à New Delhi que Sanjay Garg a fondé son label, Raw Mango, en 2008. Banarasi (saris en soie), mashru (tissage de soie et de coton) ou ikat (étoffe graphique obtenue en teignant chaque fil de trame) font partie du vocabulaire du quadragénaire. Qui fait ses premiers pas sur la scène londonienne avec une parade lumineuse dont la guirlande de fleurs est le fil rouge. « Chez nous, c’est un élément qui va au-delà de la décoration, qui unit la nation, souligne-t-il. Ici aussi, je voulais partager cette idée de la beauté qui transcende les langues ou les cultures. » Reproduites en pétales de tissu, les guirlandes constituent le col d’une chemise, bordent un long manteau blanc ou une tunique fluide champagne, s’effrangent pour constituer une robe, et croisent de nobles ensembles en brocart.

Enfin, le natif de Pékin Oscar Ouyang, qui n’en est qu’à son deuxième show, fait la démonstration de sa maîtrise de la maille avec des pulls deux en un, mi-laine, mi-tweed, parfois égayés de fils métallisés, ou avec des pantalons douillets à bandes torsadées. Mais cette base se pique d’étrangeté, avec l’ajout de masques-loups emplumés, de boutons de manchette vintage, de pyjamas à imprimés animaux de la ferme… « J’ai fantasmé la fin d’une fête dans une maison de campagne anglaise, à 5 heures ou 10 heures du matin », nous éclaire-t-il. Du Royaume-Uni, il s’approprie à la fois les motifs Fair Isle et un certain esprit décadent. « Après dix ans de vie à Londres, mon identité est plus trouble, plus riche. C’est ce que j’aime tant, dans le petit matin d’après-fête : les personnalités ne sont pas déterminées. » Tant que dure la nuit, libre à chacun d’être qui il veut, d’ici ou d’ailleurs.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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