« Quand j’étais enfant, savoir faire à manger, jardiner ou réparer un vélo étaient des apprentissages aussi importants que lire, écrire ou compter. Cela a été mon terreau »

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Mon parcours trouve ses racines dans l’enfance, j’ai mis longtemps à m’en rendre compte. Mes deux parents étaient assez manuels : mon père, notaire, avait un CAP de menuiserie. Ma mère, femme au foyer, adorait cuisiner. Elle collectionnait les recettes et traversait tout Paris pour trouver les bons ingrédients. Ses week-ends étaient consacrés à la confection des repas. Mon éducation a été centrée sur une économie du ménage, on devait tout savoir faire et on a tout appris en s’amusant : cuisiner, coudre, réparer, bricoler, fabriquer – aux fourneaux comme sur l’établi de mon père au fond du jardin.

J’ai été à l’école Decroly, un établissement public alternatif à Saint-Mandé [Val-de-Marne], à la pédagogie comparable à celle de Montessori. Savoir faire à manger, jardiner ou réparer un vélo étaient des apprentissages aussi importants que lire, écrire ou compter. Tout cet environnement a été le terreau de ce que je suis aujourd’hui.

Après le bac, j’ai étudié le droit à Assas, pour faire « comme papa ». Poussée par mon chargé de TD (avec qui j’ai eu deux enfants), j’ai arrêté les études pour me consacrer à la sculpture, que je pratiquais comme hobby. Pendant cinq ans, j’en ai fait mon métier. Le beau me touche profondément, mais je me suis aperçue que l’art pour l’art ne m’intéressait pas plus que cela.

Plat symbolique

J’ai tout quitté (le chargé de TD compris), suis allée finir mon diplôme et j’ai commencé à travailler dans une étude notariale. Je m’ennuyais terriblement. J’ai rencontré l’homme qui allait devenir mon mari (et le père de mes deux autres enfants), on a décidé de faire construire une maison en banlieue.

Un temps, je me suis réinventée cheffe de chantier en architecture d’intérieur. Je travaillais et je cuisinais beaucoup pour ma famille – des recettes apprises avec ma mère. Le plat qui met tout le monde d’accord chez moi, ce sont les boulettes, qui ont une histoire spéciale pour nous. A la fin de la seconde guerre mondiale, mes grands-parents ont accueilli un artiste russe rescapé des camps et, pour les remercier, il leur a laissé des dessins et sa recette de boulettes. C’est devenu un plat symbolique que nous faisons les jours de fête.

Pour m’aider à me réorienter, j’ai consulté une coach qui m’a suggéré de consacrer une demi-journée à ce que j’avais le plus envie de faire. Spontanément, j’ai pris un bloc de terre et des outils, et j’ai fabriqué une assiette. Je l’ai trouvée belle, j’ai su que c’est ce à quoi je voulais me consacrer.

Les mains, c’est le plus bel outil qui soit. Les métiers manuels devraient être bien plus valorisés à l’école : ils ont des vertus thérapeutiques, psychologiques, écologiques. Le fil rouge de mes collections, c’est la sculpture, le volume, la matière. Celle que je préfère, c’est la porcelaine : un matériau pur et délicat, qui a aussi une fonction utilitaire. J’aime utiliser les beaux objets au quotidien et servir les boulettes dans mes plats préférés.

L’Art de vivre à la française, d’Alix D. Reynis, éditions E/P/A (Hachette), 2025, 240 p., 45 €, alixdreynis.com

Source du contenu: www.lemonde.fr

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