Le Slovène et son équipe ont trop souvent été seuls cette année. Néfaste pour le suspense et dommageable pour la crédibilité.
Une domination écrasante : 81 victoires (loin devant Lidl-Trek 42, Soudal Quick Step 34, Team Visma Lease a Bike 32 et Décathlon AG2R-la Mondiale 30…), l’équipe UAE Team Emirates (20 de ses 29 coureurs ont remporté au moins une course en 2024) a écrasé la saison, se hissant tout près du record (85 bouquets de l’équipe HTC Colombia en 2009). Au diapason de Tadej Pogacar, son omnipotent leader. Une domination qui, sur le bord des routes ou à l’intérieur du peloton, divise. Entre admiration et suspicion.
Le Slovène a marqué la saison d’une empreinte profonde : vainqueur notamment du Tour de France et du Giro (avec à chaque fois 6 victoires d’étapes), du championnat du monde, de Liège-Bastogne-Liège, du Tour de Lombardie, des Strade Bianche et du Grand Prix de Montréal. Intouchable de mars à octobre. En 58 jours de course et 9959 km. Ébloui par ses numéros en solitaire, Eddy Merckx n’a, au soir d’un Mondial réduit à fabuleux cavalier seul, pas hésité à avouer : « Pogacar est au-dessus de moi. » À 26 ans, seulement. Un vrai conte de fées dans lequel défile l’inoubliable attaque à 102 km de l’arrivée des championnats du monde de Zürich, les 81 d’échappée solitaire des Strade Bianche, les 48,5 km échappé du Tour de Lombardie ou les 35 km en solo de Liège-Bastogne-Liège… « J’ai trouvé ça magnifique les exploits qu’il a réalisés, son panache. Je pense qu’on ne peut qu’aimer Tadej Pogacar. Franchement, je l’adore. Par contre c’est ennuyeux, je suis désolé. Quand il part si loin de l’arrivée, derrière c’est palpitant, mais c’est juste pour la place de deuxième quoi » a, sur Cyclism’ Actu, résumé Thomas Voeckler, le sélectionneur de l’équipe de France.
UAE Team Emirates (le budget le plus élevé du peloton : 55 à 60 millions d’euros, selon Cycling News) a régné sur la saison. Souvent étranglé le suspense. L’équipe de Mauro Gianetti a épaté, puis dérangé. Le monde du cyclisme a applaudi, sans oublier de s’interroger. Depuis les sombres années, toute domination, individuelle ou collective, est suspecte. Le cyclisme, usé par les affaires de dopage, a appris à se méfier. Il a fait du devoir de vigilance une obligation. Pogacar vit et roule avec le poids du doute hérité des sombres années EPO.
Au regard de l’histoire polluée de la discipline, Christian Prudhomme, le directeur du Tour, assure que les questions ne sont pas « illégitimes », comme il l’a résumé dans La Dépêche. En 2024, la crédibilité a (de nouveau) souffert, notamment lors de l’encombrant feuilleton du monoxyde de carbone. Le site spécialisé Escape collective a, durant le dernier Tour de France, révélé qu’au moins trois équipes (UAE Team, Team Visma Lease a bike et Israel Premier Tech) avaient eu recours au processus d’inhalation, une technique légale mais controversée. Une utilisation qui, selon une étude de l’American College of Sports Medicine, relayée dans une enquête du magazine allemand Tour, offre un gain significatif de performance mais représente un danger pour la santé. En décembre, l’équipe UAE Team Emirates a annoncé qu’elle ne ferait plus usage du monoxyde de carbone. Juste avant que l’Union cycliste internationale a précisé qu’elle allait proposer à son comité directeur de l’interdire et demander à l’Agence mondiale antidopage de prendre position sur le sujet sensible…
Avant le Tour de Lombardie, sa dernière démonstration de la saison, Tadej Pogacar a, seul face au poids d’une domination encombrante, expliqué sous le feu des questions : « On voit la domination partout. On la voit dans le monde des affaires, au tennis, au golf, en NBA, au football. Dans n’importe quel autre sport, on voit la domination des équipes et des athlètes individuels. Je pense qu’il y a toujours une domination pendant quelques années au maximum, puis, à un moment donné, un nouveau talent arrive, un nouveau gars plus affamé, une nouvelle équipe plus performante. Il y a un changement de génération et quelqu’un d’autre domine. C’est comme ça dans la vie. »
2024 restera comme son année (l’une des plus fabuleuses de tous les temps avec Merckx 1972, Hinault 1982, Anquetil 1963 ou Coppi 1949). Et celle de son équipe. Une domination qui a charrié de nouvelles questions. Le charme et l’ambiguïté du cyclisme qui n’épargnent pas son numéro 1…
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