Elle attend qu’ils sortent. Le petit appareil qu’elle lui a confié, en lui demandant de faire attention, comme si elle avait encore 6 ans, est prêt, armé, bien calé contre le verre de ses lunettes. Elle et l’appareil, ils attendent.
Le nombre de fois où elle s’est retrouvée là, à poireauter devant une église, un hôpital ou un orphelinat, que les Perlies aient terminé leur tour de magie sacrée, que sa petite sœur veuille bien sortir en pleine lumière, reine du jour, dans sa belle tenue de nacre. Elle ne compte même plus. A son âge, on ne compte plus grand-chose, à part ses dents. Et vu la belle rythmique qui est la sienne dans le domaine de la perte osseuse, dans dix minutes, ça non plus, elle n’aura plus à compter.
Comme chaque année, elle lui a demandé de prendre des photos. D’elle et des autres, les Pearly Kings and Queens, là depuis cent vingt-cinq ans dans leurs beaux costumes, défilant, distribuant lumière, sourires et chants traditionnels, partout dans la ville, pour la bonne cause.
Jeu du hasard
Tous les ans, elle se trouve ici, en habit gris anonyme, badaude parmi les badauds, dehors, à guetter la sortie de ces rois et reines d’un seul jour, vêtus de leurs vêtements ancestraux cousus de milliers de boutons de nacre, sortis de leurs quartiers oubliés tous situés aux bordures de la ville, pour faire le bien, collecter des fonds pour ceux qui en ont besoin, bienfaiteurs pour une journée, oubliant, par la magie du costume et de la bonté, le travail, les problèmes, les manques, la brutalité de certaines choses.
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