En 2006, l’entrepreneur Ramdane Touhami avait sorti Cire Trudon, manufacture royale née en 1643, d’un sommeil qu’on pensait éternel. Création d’odeurs inédites (senteur des parquets de la galerie des Glaces de Versailles), ouverture de points de vente – au Bon Marché Rive gauche, à Paris, chez Selfridges, à Londres, ou Bergdorf Goodman, à New York –, la belle endormie était parfaitement réveillée… Julien Pruvost, actuel directeur créatif en a fait, lui, une marque globale et désirable.
Esthète cultivé et courtois, venu de l’univers de la mode (au service marketing chez Yves Saint Laurent de 2001 à 2005), il a totalement épousé l’esprit de la maison. A moins que ce ne soit l’inverse. « Ma mère était collectionneuse d’art et d’artisanat japonais, et j’ai été nourri à cette passion de l’art et du beau en général », explique ce garçon qui a fait des études à Tokyo. Une partie de son travail consiste à éviter l’écueil de la marque « made in XVIIe siècle », qui regarde un peu trop dans le rétro.
« Nous sommes une jeune marque ancienne », résume Julien Pruvost. Parmi ses heureuses intuitions : propulser une maison qui n’a jamais fabriqué que des bougies dans l’aventure du parfum de peau. « En arrivant, en 2009, j’ai constaté que les odeurs de nos bougies avaient une forme de complexité digne de la haute parfumerie, au point que certains parfumeurs me disaient que nous brûlions de l’argent pour rien », s’amuse-t-il.
Exigence environnementale
Avec le lancement des premiers parfums, en 2017, Cire Trudon devient un label généraliste, et le mot « cire » disparaît du logo. Le directeur créatif de la marque assume : « L’appellation Trudon nous semblait plus adaptée à cette nouvelle réalité et plus facilement prononçable pour nos amis et clients étrangers. » En confiant les clés de la création à des parfumeurs intrépides, comme Antoine Lie ou Yann Vasnier, ou en baptisant Mortel l’une de ses premières créations, il surprend son monde.
Voici Trudon adoubée par ses pairs et reconnue comme une véritable maison de parfum de niche, à l’égal du Labo ou de Byredo. Depuis ce coup d’éclat, Julien Pruvost maintient un cap subtil, à mi-distance du style Grand Siècle et de l’air du temps. La marque vend toujours des cierges de dévotion Camée, mais elle les décline également en version fluo. Elle multiplie aussi les collaborations avec Olivier Rousteing (Balmain), Giambattista Valli et la Maison Dada.
Sous l’impulsion de son directeur créatif, la manufacture au savoir-faire séculaire installée à Mortagne-au-Perche (Orne) a été labellisée Entreprise du patrimoine vivant, épousant les valeurs de l’époque, à commencer par l’exigence environnementale. « Nos flacons et verres à bougie sont collectés dans les points de vente parisiens contre une remise de 10 % sur un nouvel achat. Quant à la cire d’abeille, elle a été remplacée par une cire végétale à base d’huile de colza biologique en 2018 », précise Julien Pruvost, bien décidé à entretenir la flamme de l’excellence encore longtemps chez Trudon, mais aussi chez Carrière Frères, la petite sœur née en 2013.
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