Le 2 octobre, tandis que la fashion week parisienne était dominée par le stupre de certains défilés, Carven et The Row ont fait office de contre-programmation. Sobres et de bon ton, ces deux maisons ont dévoilé leur vestiaire du printemps-été 2026 sans effets de manches et ont choisi l’adresse de leur siège pour décor.
Le défilé Carven a ainsi lieu au 6, rond-point des Champs-Elysées, dans un immeuble que la fondatrice Carmen de Tommaso (1909-2015) avait acheté au moment de la création de la marque, en 1945, qui abrite aujourd’hui encore la boutique, le studio, l’atelier et des bureaux. « Cela me paraissait bien d’organiser le défilé au calme dans la maison, surtout pour cette saison qui suscite tant de bruit et d’excitation », explique Mark Thomas, le directeur artistique.
Le Britannique a été nommé en mars chez Carven pour remplacer Louise Trotter, elle-même partie chez Bottega Veneta (à la place de Matthieu Blazy promu chez Chanel, c’est ce qu’on appelle « les chaises musicales de la mode »). Mark Thomas a passé une bonne partie de sa carrière à travailler avec Louise Trotter, chez Joseph, Lacoste, puis Carven, où il l’avait rejointe en juin 2023, quatre mois après son arrivée, en tant que designer senior.
« Je connais cette marque de l’intérieur, ses équipes, son atelier. Et c’est une chance. Quand on est designer, on a besoin de temps pour créer une intimité avec la maison qui nous emploie, développer une vision, et faire des erreurs », estime Mark Thomas. Sa connaissance du terrain l’a-t-elle avantagé ? Alors que les premiers défilés ne sont jamais faciles, il livre une partition sans fausse note, qui reste dans la continuité de la proposition déjà très convaincante ébauchée par Louise Trotter.
Le raffinement des matières premières
Inspiré par son lumineux bureau situé au sixième étage, avec vue sur les toits en ardoise, il déploie une collection blanche et grise, d’une simplicité biblique. Une nuisette en soie portée sur une longue robe ton sur ton ; un pull en maille épaisse brodé de perles sur le bord des manches ; un pull camionneur zippé en soie moirée ; une veste militaire bordée d’un volant dans le dos (une nouvelle version du modèle Espéranto, tiré des archives).
« Louise a écrit le premier chapitre, en repositionnant Carven. Moi, je rédige le deuxième, et j’y mets peut-être un peu plus de sensualité, de décontraction », analyse avec justesse Mark Thomas. Espérons qu’il aura le temps d’en élaborer d’autres au sein de cette maison qui a frôlé la liquidation judiciaire en 2018, et dont le sort est désormais entre les mains du groupe chinois ICCF, aussi propriétaire d’Icicle.
Pull en cachemire, jupe sous le genou, pantalon taille haute, chemise à petits carreaux : avec The Row, Ashley et Mary-Kate Olsen imposent depuis 2006 un chic irréprochable. Le raffinement des matières premières emballe les adeptes en même temps que l’univers de club snob décourage les non-initiés. Dans le somptueux hôtel particulier que la marque occupe rue des Capucines, aux abords de la place Vendôme, l’assistance obéit à l’habituelle consigne de « s’abstenir de saisir et de poster tout contenu sur les canaux sociaux ».
Dans cette détox d’Instagram, à rebours des réflexes du milieu, les invités assistent alors à une succession de silhouettes de femmes érudites et monacales, en large robe trapèze virginale, ensemble plissé crème, robe noir de jais bombée par un jupon de velours ou chemise-tunique immaculée à manches courtes. Pour toute excentricité, des pans d’organza brodé de sequins noirs se devinent sous un long manteau fluide ; une jupe longue est fendue par un zip placé sur l’avant ; une autre, laiteuse, est piquée de plumes. Sur le parquet et sous les moulures où les mannequins circulent, seules restent dans l’ombre les maîtresses des lieux. Culte de la discrétion oblige, les Olsen ne saluent jamais.
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