Top 14 : «Il n’y a pas de place pour l’émotion et la revanche», martèle Poirot avant la finale UBB-Toulouse

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Le pilier gauche de Bordeaux-Bègles revient sur les progrès effectués cette saison par son équipe pour retourner en finale. Et évoque la claque reçue l’an dernier face aux Toulousains.

Vous avez dominé Toulon devant. Ce doit être une satisfaction…
Jefferson Poirot : Oui, il y a pas mal de secteurs qu’on domine, ce qui a fait partie de notre ADN cette saison, avec plus ou moins de constance. On sait qu’on a des moments de haut et de bas. On a répondu présent là-dessus. Je suis aussi content qu’on ait pu répondre présent devant. Avec le pack qu’ils ont, c’est vrai que c’est vrai que Toulon est une très grosse équipe devant.

Les avants bordelais avaient été critiqués pour ne pas être assez durs. Cela fait plusieurs décisifs que vous avez mis les choses au clair…
Je l’avais dit après la Coupe d’Europe : cela nous va bien qu’on dise qu’on n’est pas bon devant. Ça nous va très, très bien… (Sourire) Donc on continue comme ça, on avance un peu masqué. On essaye de faire des performances pour pouvoir mettre nos trois-quarts dans de bonnes dispositions. Quand tu as une ligne derrière comme ça, c’est bien d’avoir les ballons rapides. Donc on essaye de faire ce qu’il faut.

L’an dernier, on avait laissé trop de place aux émotions et on ne s’était pas forcément concentrés sur ce qui faisait réellement un match de haut niveau

Vous ne pouvez plus avancer masqués quand même…
Si, toujours. (Sourire) On sait qu’on joue Toulouse, statistiquement c’est la meilleure équipe devant du championnat. C’est la meilleure équipe sur ballon porté, la meilleure attaque, la meilleure défense. En toute honnêteté, on sait ce qui nous attend. On a vu le match de vendredi : sur le jeu au sol, ils ont fait un boulot terrible, avec Jack Willis notamment. Il y aura une vraie bataille.

Il n’y a pas eu trop d’effusion de joie à la fin du match. C’est-à-dire que vous êtes en mission ?
L’année dernière nous a servi de leçon. On est resté avec beaucoup d’humilité parce que l’an dernier, on avait exulté. On pensait que c’était fait. Et on a vécu le pire cauchemar sportif pour l’ensemble de l’effectif et du staff. On garde beaucoup d’humilité, de mémoire aussi. Il ne faut pas laisser place aux émotions sur cette période. L’an dernier, on avait laissé trop de place aux émotions et on ne s’était pas forcément concentrés sur ce qui faisait réellement un match de haut niveau.

Avez-vous réalisé la demi-finale la plus aboutie de votre histoire ? 
Je pense qu’on a engrangé de l’expérience tout au long de ces années, avec ces défaites en demi-finale. On avait gagné l’année dernière en demie (contre le Stade Français), mais ric-rac. Et on avait, avant ça, perdu toutes les demies que l’on avait jouées avant. Que ce soit en Challenge Cup ou en Champions Cup… On a perdu plus de demies que l’on en a gagnées. On a été, je pense, un peu plus dans la maîtrise.

Tu parles de l’expérience. En quoi vous avez plus de certitudes que l’an dernier ? 
Honnêtement, c’est un peu sur tout. Sur notre jeu en général, sur le liant qu’il peut y avoir entre les avants et les trois-quarts. Ce soir, on a une touche qui est de plus haut niveau. On a une bonne mêlée aussi. C’est vrai qu’on a un peu plus de certitudes que l’année dernière à la même époque, on ne va pas se cacher par rapport à ça. Et on a un vécu commun qui est plus important cette année, avec un effectif qui n’a pas trop été renouvelé à l’intersaison. C’est vrai qu’on a pu gagner en expérience commune et c’est ce qui rend les matchs un peu plus propres.

Toulouse en finale, ce n’est pas la même équipe. Est-ce que c’est la force de l’habitude ?

Comment éviter le piège du match de la revanche pour la finale ? 
Exactement. Il n’y a pas de place à l’émotion et la revanche. Tout ça, c’est un peu des conneries. La réalité, c’est qu’une finale, elle se gagne sur des petits détails, sur une bonne conquête, sur le jeu au sol, sur la défense. OK, on a une bonne attaque, on en parle beaucoup mais la défense est très importante aussi et on a encore des errements ce soir. On a encore des petites choses à peaufiner. On va essayer de se concentrer là-dessus.

Vous avez quand même réussi à battre le Stade Toulousain trois fois cette saison…
Honnêtement, Toulouse en finale, ce n’est pas la même équipe. Est-ce que c’est la force de l’habitude ? C’est vrai que le niveau d’intensité qu’ils avaient l’an dernier sur la finale – alors peut-être que nous aussi on était émoussés – nous avait vraiment surpris. Des mecs que tu as joués toute l’année, ils étaient vraiment un cran au-dessus de nous sur l’engagement. C’est vrai que Toulouse en finale, ce n’est jamais la même équipe.

Votre manager Yannick Bru a rappelé que dix joueurs vont partir à la fin de la saison. En quoi est-ce un moteur pour vous ?
C’est un moteur parce que, dans ces dix joueurs, il y a beaucoup de joueurs importants, ou du club ou même de l’équipe titulaire aujourd’hui. On se dit que quand les opportunités se présentent, il ne faut peut-être pas trop les laisser passer. On a une belle équipe cette année, mais on ne sait pas de quoi demain sera fait. Essayons de faire le maximum. On est assez contents d’avoir gagné la Coupe d’Europe et on va essayer de batailler pour amener autre chose…

Vous avez débuté la saison avec zéro trophée. Vous avez l’occasion de finir avec deux trophées sur une même saison. Qu’est-ce que cela vous inspire ? 
C’est une belle récompense pour le travail qui a été effectué. Après l’énorme claque reçue l’an dernier en finale, on s’est vraiment tous remis en question. Du staff à l’intendant, à nous les joueurs, aux joueurs qui sont dans la rotation… On s’est tous vraiment remis en question. C’est une récompense aussi du travail effectué à l’intersaison où on s’est retrouvés après avoir pris 60 points en finale de Top 14. Je vous laisse imaginer le désastre et ce qu’on a pu vivre. Il y a eu une grosse remise en question et c’est bien de se payer un petit peu. 

On s’est fait humilier l’an dernier. On a laissé une image affreuse. Nous, on a été marqués à vie par ça

Votre saison aurait été la même sans cette claque ? 
Très honnêtement, je ne suis pas sûr. Quand on est revenu à l’intersaison, il y a eu aussi le doute de se dire comment on allait se relever de ça. On s’est fait humilier. On a laissé une image affreuse. Nous, on a été marqués à vie par ça. Dès le début de la saison, on s’est rassurés sur des choses, sur ce qu’on savait faire, ce qu’on savait mettre en place. Au fur et à mesure, on a peaufiné, on a peaufiné, on a peaufiné… On a réglé des détails. On a eu des moments très durs cette saison, il y a eu des matchs où on n’a pas pris une touche. Il y a eu plein de moments où les avants étaient bons et pas les trois-quarts, et où les trois quarts étaient bons et pas les avants. Il y a eu beaucoup de moments qui ont été compliqués. Ça a été une saison où il y a eu beaucoup de remises en question. Des fois, on est revenu le lundi et ça a été une remise à zéro. On s’est dit qu’on était là (il lève la main) et on s’est écroulé. Comment c’est possible ? C’est bien de pouvoir voir que sur ce type de match, on arrive à gagner en constance.

Auriez-vous parié, un jour qu’un jour que Maxime Lamothe mettrait un triplé ? 
Non, je ne l’aurais pas parié. (Sourire) Alors, ça ne m’étonne pas parce que c’est Max Lamothe et qu’on connaît la qualité du joueur de rugby. Par contre, je me demandais si un talonneur avait déjà mis un triplé en demi. Il n’y a jamais eu de triplé dans l’histoire du Top 14.

Il n’y a jamais eu de triplé en phase finale du Top 14…
Ah, je suis content pour lui. Je suis content que son nom soit marqué sur les phases finales du Top 14.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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