Fin octobre, le Conseil des créateurs de mode américains a récompensé ses designers les plus talentueux. Parmi les nommés pour le prix du meilleur prêt-à-porter féminin, on trouvait, comme d’habitude, des profils chevronnés tels que Marc Jacobs, Proenza Schouler, Thom Browne et Tory Burch. Une seule exception à cette liste : Diotima, jeune marque fondée en 2021 par Rachel Scott. Qui a finalement gagné le prix.
« Je n’en revenais pas, admet l’intéressée. Me retrouver au milieu de ces maisons qui font des millions de chiffres d’affaires me semblait déjà surréaliste… » L’inconvénient de ce prix censé récompenser une griffe déjà bien installée, c’est qu’il ne prévoit pas une récompense financière pour les gagnants. « Je leur ai demandé s’ils ne voulaient pas faire une exception cette année, mais ils n’ont pas été convaincus ! », admet-elle en riant, dans son studio new-yorkais.
La designer jamaïcaine de 40 ans cherche encore l’équilibre financier de Diotima, qu’elle a lancée après avoir passé plus de seize ans à travailler pour d’autres (les designers américains J. Mendel, Elizabeth and James et Rachel Comey). « Les collections s’enchaînaient sans répit, je n’avais jamais le temps de réfléchir. Pendant le confinement [lié au Covid-19], je me suis soudain retrouvée seule chez moi et je me suis demandé : pourquoi je travaille ? Dans quel but ? M’établir à mon compte est devenu une urgence, une question de vie ou de mort », se souvient Rachel Scott.
A l’été 2020, en plus de la pandémie, les Etats-Unis sont secoués par le mouvement Black Lives Matter, dénonçant la brutalité policière et le racisme envers les Afro-Américains. « Jusque-là, j’avais toujours eu l’impression qu’il n’y avait pas de place pour moi dans la mode. Que d’autres marques s’étaient déjà positionnées sur leur héritage caribéen. Et puis je me suis rendu compte qu’on pouvait être plusieurs sur ce terrain », analyse Rachel Scott.
Des pièces en macramé
La créatrice ressent le besoin de livrer une version « universelle » du style jamaïcain, sans nostalgie, capable de s’adresser au monde entier. Peu à peu, elle élabore un lexique très éloigné du cliché des tenues peu couvrantes aux couleurs vives. Elle mélange les tailleurs tirés du vestiaire masculin à des pièces plus suggestives, comme des tops en résille doublés de soie ou de longues robes moulantes en crochet. Son vestiaire séduit par la tension qu’il entretient entre les contraires : une robe-débardeur en lin, sobre et sportive, est bordée d’un liseré de sequins brillants et largement fendue sur le côté. L’ascétisme d’un long manteau en coton est troublé par l’inclusion de deux panneaux en crochet sur les hanches, qui laissent entrevoir la peau.
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