Bangladesh : le chef du gouvernement menace de démissionner

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Muhammad Yunus a brandi la menace d’un départ anticipé, faute de soutien politique suffisant pour mener les réformes promises.

La crise au sommet est née de pressions contradictoires : l’armée et l’opposition réclament des élections avant décembre, tandis que les mouvements étudiants exigent d’abord une transformation du système politique. La menace plane désormais sur l’avenir de la transition bangladaise. Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix de 84 ans qui dirige le pays depuis la chute de Sheikh Hasina en août dernier, a exprimé ses doutes sur sa capacité à poursuivre sa mission. «Il était visiblement contrarié», a rapporté jeudi Nahid Islam, dirigeant du Parti national des citoyens et figure de la révolte étudiante anti-Hasina.

Selon ce proche, Yunus a clairement posé ses conditions : «S’il ne peut accomplir le travail qu’on lui a demandé, c’est-à-dire réformer le système et préparer des élections équitables, alors il devra partir.» Cette sortie révèle l’ampleur du dilemme auquel fait face le gouvernement provisoire. «Il se sent pris au piège entre les demandes de différents camps politiques et l’impatience croissante du public», a précisé Nahid Islam lors d’une rencontre avec le chef du gouvernement jeudi soir.

Pressions militaires et politiques

L’étau se resserre autour de Mohammad Yunus. Le général Waker-Uz-Zaman, chef d’état-major de l’armée, s’est prononcé publiquement pour des élections en décembre, selon plusieurs médias locaux citant des sources militaires. «Le Bangladesh traverse une phase chaotique et la situation empire chaque jour», aurait déclaré le patron de l’armée lors d’une rencontre avec ses officiers. Cette intervention militaire fait écho aux exigences du Parti nationaliste bangladais (BNP), qui pousse également pour des élections avant la fin de l’année. Mercredi, des milliers de partisans du BNP ont manifesté dans les rues de Dacca, la capitale, protestant pour la première fois contre le gouvernement provisoire. À l’inverse, les mouvements étudiants, fer de lance de la «révolution» d’août, maintiennent leur cap réformateur. «Les gens ne se sont pas soulevés pour simplement changer de gouvernement, mais pour transformer le système», a martelé Nahid Islam.

L’interdiction qui complique la donne

Cette crise politique s’envenime avec l’interdiction début mai de la Ligue Awami, le parti de Sheikh Hasina. Cette mesure prise «en application de la loi antiterroriste», exclut de facto la formation historique des prochaines élections. L’ONG Human Rights Watch a dénoncé une «atteinte aux libertés fondamentales» . Cette interdiction prive théoriquement 20 à 30% de l’électorat de représentation politique, selon les analyses d’experts. Sheikh Hasina, réfugiée en Inde depuis sa fuite, fait l’objet de poursuites judiciaires pour avoir ordonné la répression des manifestations qui a fait au moins 1 400 morts selon l’ONU.

L’équation démocratique bangladaise se complique. Yunus, qui promettait initialement des élections avant juin 2026, se trouve désormais confronté à un calendrier politique éruptif dans un pays de 173 millions d’habitants. Sa potentielle démission ouvrirait une nouvelle période d’incertitude pour ce pays déjà fragilisé par des mois de troubles politiques.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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