Inspiré d’un drame réel, ce beau film de Lotfi Achour évoque le traumatisme des victimes du terrorisme djihadiste, laissées-pour-compte et livrées à la barbarie.
Pastoralisme partout, justice nulle part. Instinct grégaire des réalisateurs ou simple hasard du calendrier, les bergers sont la profession du moment sur les écrans. Il y a eu Bergers, de Sophie Deraspe, et son héros publicitaire québécois débarqué en Provence pour rompre avec une existence moutonnière. Malgré une attaque du troupeau par un loup, la vie au grand air était sublimée dans un paysage splendide. Le Clan des bêtes, de Christopher Andrews, était moins bucolique. La querelle de voisinage entre deux éleveurs irlandais virait au jeu de massacre. Avec, en point d’orgue, une décapitation sauvage qui paraissait déjà complaisante, avant même la vision des Enfants rouges. Dans le long-métrage de Lotfi Achour, cette façon de mettre à mort un homme n’est pas une invention de scénariste sadique mais la tragique réalité du fanatisme islamique, sur tous les continents.
Nizar, du haut de ses 16 ans, est un berger déjà aguerri, fin connaisseur des collines rocailleuses de Tunisie, loin du littoral touristique, où il emmène paître son troupeau de chèvres. Achraf, 14 ans, garçon joufflu au joli sourire malgré une dent en moins, admire ce grand cousin qui l’initie dans la joie. Un jour, les deux adolescents se font attraper par un groupe de terroristes islamistes. Nizar est accusé d’être un mouchard. Il est décapité sous les yeux de son petit cousin. Achraf a la vie sauve pour porter un message : livrer la tête de son cousin à ses parents au village.
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Sensationnel et récupération
Lofti Achour filme la sidération d’Achraf, le traumatisme d’une famille. La tristesse d’une mère, prostrée face au réfrigérateur du foyer où a été placée la tête de son fils. Un journaliste filmera le sac plastique contenant la tête de l’adolescent. Les médias et les politiques affluent, avides de sensationnel et de récupération. Lotfi Achour les laisse hors champ. Il suit le groupe d’hommes composé d’Achraf, de Mounir, le frère de Nizar, du père et des oncles partis à la recherche du corps sans tête dans les collines infestées de mines posées par les terroristes. Le fantôme de Nizar suit Achraf partout, tel un spectre entier et radieux.
Lotfi Achour n’invente rien. Les Enfants rouges s’inspire d’une histoire vraie : l’assassinat d’un jeune berger du nom de Mabrouk Soltani, le 15 novembre 2015, dans la montagne de Maghila, une région du centre-ouest tunisien proche de la frontière algérienne. Achour filme sans fard cet acte de terrorisme visant un civil. Il rappelle, comme d’autres avant lui, tel Abderrahmane Sissako dans le magnifique Timbuktu, que les musulmans sont les premières victimes du djihadisme. Le réalisateur montre aussi une communauté abandonnée par les autorités, livrée à elle-même et à la merci de la barbarie. Un carton final indique que le frère aîné de Mabrouk Soltani a été décapité par le même groupe terroriste, un an et demi plus tard, au même endroit.
Notre avis : 3/4
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