Estelle Mossely a conscience que le temps ne joue pas en sa faveur. Candidate à la présidence de la fédération française de boxe (FFBoxe), la championne olympique de Rio l’a rappelé en introduisant un débat sur « l’avenir de la boxe » pour lequel elle avait invité des pratiquants et des dirigeants de clubs, mardi 3 décembre au soir, à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. « J’ai le sentiment qu’on essaie de me faire perdre du temps dans la campagne électorale, a confié d’emblée la médaillée des Jeux 2016, mais je vais continuer à parler de mon programme, même si certains essaient de me faire taire ».
Alors que la date de l’élection approche – le 14 décembre – l’unique adversaire du président sortant Dominique Nato, qui brigue un second mandat, est dans une situation inconfortable puisque la liste qu’elle mène a été invalidée le 15 novembre par la Commission de surveillance des opérations électorales (CSOE) de la fédération. La commission estime qu’une candidate de l’équipe Mossely ne présente pas de licence, mais un « titre de participation volontaire », qui ne permettrait pas de participer au fonctionnement de la fédération.
Cette campagne électorale avait connu un premier rebondissement avec le retrait de candidature de Sarah Ourahmoune, le 10 décembre, qui proposait un tandem avec Dominique Nato avant de jeter l’éponge en raison de violentes « attaques racistes et sexistes » sur les réseaux sociaux.
Estelle Mossely a porté l’affaire devant le Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Dans un mémoire rédigé le 19 novembre pour appuyer sa requête, dont Le Monde a pu prendre connaissance, la candidate demande au conciliateur d’annuler la décision de la CSOE et d’enjoindre la fédération française de boxe de procéder à la validation de sa liste.
« On nous vole la démocratie »
Le dossier, suivi par l’avocat et ancien ministre des sports Thierry Braillard, indique que la colistière visée par la CSOE possède un numéro de licenciée et qu’elle ne contrevient pas aux « critères statutairement prévus pour être candidate au poste de membre du comité directeur de la FFBoxe » pour la prochaine mandature.
« J’ai pu m’exprimer en début de semaine devant le CNOSF, a expliqué mardi l’athlète aux participants venus l’écouter dans un local associatif audonien. Le conciliateur a proposé qu’une discussion s’engage pour permettre la présence de deux listes lors de l’élection, mais la partie adverse n’a pas réagi. J’attends le courrier officiel du comité qui devrait confirmer cette démarche de conciliation. » La FFBoxe disposera ensuite de 15 jours pour répondre à cet avis consultatif, qu’elle pourrait décider d’examiner après l’échéance électorale.
« Dans la liste adverse apparaissent deux personnes sous le coup d’un recours devant le CNOSF pour invalidation de leur élection en raison d’un problème de licence, poursuit la médaillée olympique. J’ai fait un courrier au comité d’éthique de la fédération pour signaler ces irrégularités, et relater des attaques diffamatoires à mon encontre. Je n’ai reçu aucune réponse de sa part ».
Le public, acquis ce soir-là à la cause de la championne, y voit un symptôme des maux dont souffrirait la fédération. « On nous vole la démocratie, tempête Abadila Hallab, directeur sportif au club BAM l’Héritage aux Mureaux (Yvelines). Gagner, perdre, ce n’est pas le problème. Tous les week-ends, on est confronté à ça sur le ring, mais on veut pouvoir donner notre avis et avoir le choix entre deux listes. »
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« Si tu dis quelque chose qui va à l’encontre de la direction de la fédé, tu es blacklisté. Ça s’appelle une dictature et il est temps que ça cesse », renchérit Emmanuel dos Santos, entraîneur au Boxing Club de Garges-lès-Gonesses (BCG) dans le Val-d’Oise, l’un des meilleurs clubs français pour sa section féminine.
« Pas besoin d’aller voir systématiquement les clubs »
Pour les responsables locaux présents ce mardi soir à Saint-Ouen, la fédération a rompu le dialogue avec de nombreux clubs et ne leur apporte aucune aide, logistique ou financière, lorsqu’il s’agit d’organiser des compétitions de boxe amateur. Ces dirigeants s’interrogent aussi sur la stratégie adoptée pour faire revenir la boxe, minée par une guerre ouverte entre le CIO et la fédération internationale (IBA, pour International boxing association), dans le giron olympique.
Or, en vertu de la loi de 2022 destinée à démocratiser le sport en France, le poids des clubs est aujourd’hui renforcé, puisqu’ils comptent désormais pour 50 % minimum des voix de l’assemblée générale élective. Dans le cas de la boxe, la moitié des voix lors de l’élection du 14 décembre viendra des clubs, l’autre moitié des délégués issus des comités régionaux.
Seul candidat en lice depuis l’invalidation de la liste Mossely, Dominique Nato considère que son bilan parle pour lui. « Tous les voyants sont au vert, on compte 62 000 licenciés au 31 août contre 50 000 avant le Covid-19, nos jeunes font de bons résultats dans les compétitions internationales et nous avons ramené trois médailles des Jeux de Paris » expliquait-il au Monde en novembre.
« Je n’ai pas besoin d’aller voir systématiquement les clubs parce que ça fait cinquante ans que je laboure les territoires et que je vais sur les compétitions. Je suis sur le terrain de manière permanente depuis quatre ans et avant j’étais acteur comme directeur technique national et entraîneur », soutient le patron de la FFBoxe dans un entretien accordé fin novembre au média sportif Flashscore. « Tout mon projet est clair, à disposition, pas besoin d’un débat pour faire le pitre », ajoute-t-il à l’adresse d’Estelle Mossely, qui lui a proposé de débattre avec lui.
Source du contenu: www.lemonde.fr
