Disparition de Medhi Narjissi : un rapport officiel accable la FFR

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Le Parisien s’est procuré les conclusions de l’enquête administrative de l’inspection générale sur les circonstances de la disparition en mer du jeune rugbyman, en août 2024.

Dans sa quête de vérité et de responsabilités, Jalil Narjissi, reçu lundi avec son épouse par la ministre des Sports, Marie Barsacq, va désormais pouvoir s’appuyer sur un document implacable : le rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche sur les circonstances de la disparition en mer de son fils, Medhi, le 7 août dernier en Afrique du Sud, et sur la gestion de crise par la Fédération Française de Rugby. Une enquête administrative accablante envers les encadrants de cette tournée et guère favorable à la FFR dans son suivi du drame.

Ses conclusions ne laissent pas de place au doute quant aux fautifs. Elle pointe du doigt l’énorme responsabilité du préparateur physique, Robin Ladauge, dans l’organisation de cette séance de récupération sur une plage réputée dangereuse non loin du cap de Bonne-Espérance, et celle de Stéphane Cambos, le manager, pour ne pas l’avoir empêchée. Le premier cité avait porté plainte contre la FFR pour «dénonciation calomnieuse»  et le second a été placé en garde à vue mi-avril dans le cadre de l’information judiciaire «pour homicide involontaire» ouverte par le procureur d’Agen.

«Des faits susceptibles d’une qualification pénale»

Ce rapport d’enquête de 121 pages, rédigé par trois inspecteurs généraux de l’éducation, du sport et de la recherche après plusieurs mois d’investigation – et dont le Parisien s’est procuré les conclusions en exclusivité – a été présenté ce lundi 28 avril à Jalil et Valérie Narjissi au ministère des Sports. Il documente «des faits susceptibles d’une qualification pénale» et a d’ailleurs été transmis au procureur de la République d’Agen.

Ses rédacteurs l’affirment : «le préparateur physique porte la responsabilité principale de la mauvaise organisation de cette séance», en l’occurrence Robin Ladauge. Ce dernier «ne connaissait pas la dangerosité de la plage» et «n’avait jamais vu les panneaux» déconseillant fortement la baignade à cet endroit. Ils ajoutent que, sans s’être informé de «l’aisance aquatique des joueurs», il ne renonce pas à cette séance «après avoir constaté les conditions, des vagues puissantes, qu’il qualifie lui-même de solides, et la faible température de l’eau.» Le rapport ajoute que Robin Ladauge sollicite peu de collègues pour l’aider à encadrer les 25 jeunes joueurs.

Le manager de la tournée, Stéphane Cambos, n’est pas épargné non plus, en particulier son absence d’opposition «ferme» à l’initiative de son subordonné. Même s’il affirme le contraire. Il entrera pourtant lui aussi dans l’eau sans «prendre la décision de mettre fin à un exercice qu’il ne cautionne pas». Les inspecteurs notent enfin «une panique généralisée et une absence de mise en œuvre d’un protocole d’urgence préalablement identifié et maîtrisé par le staff.»

Une gestion de crise «inadaptée», une fois le drame survenu

Le rapport pointe ensuite la gestion de crise «inadaptée», une fois le drame survenu, Confirmant les accusations, dans nos colonnes, de Jalil Narjissi envers le président de la FFR, Florian Grill. Premier point critiqué, «les conditions du rapatriement des jeunes, leur accompagnement par la suite et la relation avec les familles ne sont pas à la hauteur de ce qu’appelle le traumatisme vécu. (…) Cela manquait de professionnalisme et traduisait de l’incompétence.»

Quant à l’enquête interne diligentée dans la précipitation par la FFR (pour se dédouaner de ses responsabilités, a insisté Jalil Narjissi lors de son interview au Figaro), les trois inspecteurs s’interrogent sur sa «légitimité contestable» et relèvent qu’elle a été conduite «dans de mauvaises conditions». En cause, la légitimité de la Fédération, et de sa DTN, pour la mener. À la fois juge et partie. Encore plus concernant la personne choisie pour la mener, ami avec Stéphane Cambos «depuis l’adolescence». Il n’a cependant pas rédigé lui-même le rapport, confiant cette charge au secrétaire général et au directeur général adjoint de la FFR.

« La position du président est directement liée au contexte judiciaire, qui l’inquiète du fait de la possibilité de voir sa responsabilité pénale engagée. »

Un processus curieux que le rapport justifie par un certain cynisme. «Les premiers travaux rendus par le manager haute performance n’aboutissent pas à l’identification de responsabilités de la FFR et orientent vers la thèse d’un accident. Aux yeux de la mission, il s’agit d’une forme de déni collectif.» Les rédacteurs du rapport d’enquête vont plus loin encore en soulignant que le président de la FFR, Florian Grill, a insisté auprès d’eux sur son «impossibilité d’exercer son autorité sur la DTN et ses cadres d’État. (…). S’il n’y a pas autorité hiérarchique, il ne peut pas y avoir de responsabilité, et encore moins pénale.»


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Le but avoué de ce simulacre d’enquête interne, orientée et bâclée (ses conclusions furent rendues dès le 12 septembre 2024), est clair selon les inspecteurs généraux. «La position du président est directement liée au contexte judiciaire, qui l’inquiète du fait de la possibilité de voir sa responsabilité pénale engagée.» Une conclusion sans équivoque qui conforte, une fois de plus, les dires de Jalil Narjissi.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

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