Le Bordelais, comme tous les vignobles, est touché par la déconsommation mondiale, la question climatique et les menaces commerciales de Donald Trump. Mais d’autres facteurs le concernent particulièrement. Sa surface imposante le fragilise quand la planète boit moins. Le goût d’aujourd’hui, surtout chez les jeunes, se met à distance du rouge (80 % du Bordelais) et des tanins, et demande moins d’alcool dans le verre. Il y a enfin l’image du bordeaux, jugée un peu vieillotte, élitiste, intimidante, arrogante. Ce qui fait beaucoup.
Mais le climat est en train de changer. Début avril, au moment où des centaines de professionnels du monde entier se sont retrouvés dans les vignes bordelaises pour découvrir et déguster le millésime 2024, qui sera commercialisé dans deux ans, nous avons rencontré des responsables de domaines, cultivant de très grands crus ou des vins moins prestigieux. Pour évoquer les pistes du renouveau – au-delà des 15 000 hectares arrachés depuis une bonne année –, afin de mieux coller à la demande. Car, ici, on ne baisse pas les bras.
Une voie étroite
La riposte commence sur le goût. Ils sont nombreux, dans le vignoble, au sein même des appellations prestigieuses et des châteaux de renom, à rendre leurs jus plus faciles à boire, plus délicats, frais, sur le fruit, afin de séduire les jeunes notamment. Sans pour autant perdre l’identité bordelaise autour de la puissance aromatique. La voie est étroite mais elle existe, comme le montre la dégustation de saint-émilion que nous vous proposons dans ce numéro.
Encore faut-il que cela se sache. Aussi, l’interprofession bordelaise lance des campagnes en ce sens, et de nombreux domaines s’ouvrent au public. A côté des négociants, chargés de placer la grande majorité des bouteilles bordelaises dans le monde entier, nombre de domaines intensifient la vente directe, cherchent à mieux connaître leurs clients, partent à l’aventure de nouveaux marchés, d’autant que 30 % des flacons bordelais sont vendus aux Etats-Unis et en Chine, deux marchés compliqués. C’est par exemple Valentine Picant, à la tête du domaine Hostens-Picant, dans l’Entre-deux-Mers, qui vend beaucoup au Nigeria, alors qu’une délégation de Saint-Emilion a inauguré, début avril, à Yaoundé, capitale du Cameroun, une sorte de « chancellerie » de l’appellation. Bref, Bordeaux bouge et c’est très bien !
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