Quand Sofia Coppola présente sa Marie Antoinette au Festival de Cannes, en 2006, les critiques s’enflamment. Mièvre, superficiel, anachronique… les qualificatifs pleuvent pour descendre en flèche le troisième long-métrage de la réalisatrice américaine. Il faut dire que le film a des airs de bonbonnière avec son défilé de robes, macarons et pièces montées, dans les tons pastel.
C’est pourtant aussi ce qui a fait de Marie Antoinette une œuvre à part, aujourd’hui considérée comme un objet culte des années 2000. Un objet pas si anachronique puisque Sofia Coppola s’est appuyée sur un travail de recherches au Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de New York, où elle a découvert des toilettes d’époque vert menthe et rose bonbon.
Après un XVIIe siècle marqué notamment par le rigorisme (pendant longtemps, le noir est privilégié par les nobles, notamment protestants, qui veulent afficher leur droiture), la mode se fait plus libérée. Richement décorées, les robes des élégantes se parent de pastel, sous l’impulsion de la marquise de Pompadour, qui fait la pluie et le beau temps à la cour. Du côté de l’art, le pastel qui voile les toiles de douceur fait aussi le bonheur des artistes comme Jean-Honoré Fragonard, François Boucher, Antoine Watteau et Edgar Degas ou Mary Cassatt au siècle suivant.
Période de récession
S’il est, pour certains historiens, une couleur qui n’en est pas vraiment une, le pastel est pour d’autres un excellent baromètre des changements sociétaux. Au sortir de la seconde guerre mondiale, alors que les femmes sont priées de retourner dans leur foyer après avoir fait tourner le pays en l’absence de leur mari, les couleurs de leur intérieur comme celles de leur garde-robe se font plus pâles, plus douces.
Le pastel n’est pourtant pas si romantique : si l’on observe plus attentivement ses résurgences, il réapparaît souvent lorsque la société traverse une période de récession. A l’instar du millennial pink, ce rose doucereux élu « couleur de l’année » en 2016. S’il a tant séduit – et notamment cette génération née dans les années 1980 –, c’est parce qu’il venait adoucir un quotidien morose, marqué par la crise économique.
Rien d’étonnant, donc, à ce que le pastel fasse de nouveau le printemps cette année. A l’heure où l’actualité internationale est on ne peut plus anxiogène, la mode ressort son nuancier de teintes délavées. Les couleurs tendres comme du sirop à l’eau deviennent ainsi un rempart aux mauvaises nouvelles quotidiennes, et les dressings autant d’ersatz de boudoirs dans lesquels se lover, en attendant des jours meilleurs.
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