Enserrée dans une boucle de l’Aar, quadrillée de rues à arcades et bâtie uniformément de grès vert, la « ville fédérale », où siège le Parlement helvétique, fait songer à la structure d’une abstraction de Paul Klee (1879-1940), né à une dizaine de kilomètres de là, de père allemand et de mère suisse.
Des caves voûtées, que l’on atteint par une volée de marches raides (et où se dissimulent bars et restaurants), confèrent à la ville un aspect cryptique, à l’instar d’œuvres de Klee aux signes mystérieux. Enfant, le petit Paul suit de son crayon les veinures du marbre sur les tables du café-restaurant de son oncle Ernst Frick (1881-1956), aujourd’hui un établissement italien, le Della Casa.
Tiraillé entre le violon et le dessin, le jeune homme se forme aux Beaux-Arts de Munich, fraie avec les avant-gardistes de l’époque (symbolistes, expressionnistes, surréalistes…) et fait carrière en Allemagne. « A Berne, je peux devenir rat de bibliothèque et maître d’école, mais nom de Dieu, pas artiste ! », écrit-il à son père. L’exil sera profitable.
Exposé tant à Berlin qu’à Paris ou à New York, il devra pourtant retourner en Suisse en 1933 à l’avènement du nazisme. Représentant de l’art « dégénéré » (une de ses toiles d’inspiration cubiste est actuellement visible à l’exposition sur ce thème, au Musée Picasso, à Paris, jusqu’au 25 mai), selon l’appellation officielle du régime, il se replie sur son appartement du quartier de l’Elfenau et meurt sept ans plus tard.
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