Le « Chaudron » n’est pas dissous, du moins pour le moment. Largement soutenus par l’AS Saint-Etienne (ASSE) et la population stéphanoise – qui ont rassemblé, samedi 29 mars, plusieurs milliers de manifestants –, les ultras des Magic Fans et des Green Angels se sont vu infliger un sursis, mardi 1er avril. Les deux groupes de supporteurs du club de football ont comparu devant la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives, au ministère de l’intérieur.
Engagé dans une croisade contre la violence autour des stades de football depuis la fin de l’année 2024, Bruno Retailleau a annoncé, mardi soir dans un communiqué, qu’il allait proposer au premier ministre, François Bayrou, la dissolution de Légion X, groupuscule présenté comme ultra du Paris FC – ce que le club de Ligue 2, racheté en novembre par la famille Arnault, réfute –, mais rétropédale quelque peu au sujet des deux groupes stéphanois, épargnés à ce stade.
« Avant de prendre toute décision », le ministère de l’intérieur précise qu’il réunira, aux côtés du ministère des sports, les dirigeants de l’ASSE – présidé par le Sud-Africain Ivan Gazidis – « afin d’examiner les garanties que ceux-ci sont en mesure d’apporter pour assurer un retour effectif au calme et la fin des violences ». Un dialogue appelé de leurs vœux par le club, qui s’étonnait de voir ses supporteurs ciblés, là où de nombreuses autres formations restaient épargnées – à ses yeux –, et s’était « fermement opposé » à une dissolution, « une procédure injuste qui ne résoudrait rien », selon le président.
Samedi, le ministre de l’intérieur avait engagé la procédure de dissolution, en saisissant la nouvelle Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives, première étape nécessaire pour engager la dissolution des trois groupes de supporteurs, « à l’origine depuis plusieurs années de nombreux actes de violence d’une extrême gravité ». Dans un communiqué, la Place Beauvau stipulait que « d’autres procédures [étaient] en cours d’instruction concernant d’autres clubs en France ».
« L’épée de Damoclès reste suspendue »
A l’issue de plus de cinq heures d’audition, mardi, l’instance – dont l’avis n’est que consultatif – a tranché. Et le couperet n’est tombé que sur Légion X, dont Matigon doit désormais enclencher la dissolution. « Il ne s’agit pas de supporteurs du Paris FC », a réagi le président du deuxième club parisien, Pierre Ferracci, auprès de l’Agence France-Presse, prenant « acte avec satisfaction de la volonté des pouvoirs publics de dissoudre ce groupe, qui ne s’est d’ailleurs jamais présenté au club de façon officielle ». Le dirigeant a précisé que le groupuscule avait « créé de graves incidents » après un match face à Rodez en novembre 2024 – où quatre personnes avaient été blessées à l’arme blanche –, « en agressant un groupe d’Ultras Lutetia », l’un des deux groupes reconnus par le club.
Du côté stéphanois, le soulagement domine. « C’est un premier pas, a salué l’équipe du Forez. Le club partage la volonté du ministère d’éradiquer toute forme de violence autour des stades et souhaite travailler avec lui et toutes les parties prenantes à des solutions efficaces pour y parvenir. » Quatre dirigeants avaient fait le déplacement place Beauvau pour argumenter contre la dissolution des Magic Fans et des Green Angels, respectivement fondés en 1991 et 1992 et gérant plus de 15 000 membres des kops sud et nord du stade Geoffroy-Guichard.
Les dirigeants du club stéphanois – propriété du groupe Kilmer Sports Ventures – ont mis en avant leur expérience en matière de gestion des problèmes liés aux violences des supporteurs, notamment lors du passage d’Ivan Gazidis à la tête du Milan AC (de 2018 à 2022). Eux qui avaient déploré de trouver porte close auprès des pouvoirs publics seront à nouveau reçus « dans les meilleurs délais » par les ministres de l’intérieur, Bruno Retailleau, et des sports, Marie Barsacq ; mais ils rentrent dans le Forez en ayant vu leurs ultras, à qui l’intérieur reproche « 10 faits de violence grave (…) entre 2021 et 2025 », échapper à la dissolution.
Les supporteurs français restent toutefois dans le viseur de Bruno Retailleau. « Pour nous, il est important que l’épée de Damoclès reste suspendue et que les groupes se tiennent bien, précise l’entourage du ministre de l’intérieur, cité par le quotidien sportif L’Equipe. On va leur laisser du temps pour la mise en place, mais le dossier de dissolution peut être réouvert à chaque instant. » D’autant que les différents groupes d’ultras demeurent sous la menace d’une suspension pour la fin de la saison.
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