L’incident est symptomatique de la fébrilité qui règne en Allemagne autour de tout ce qui à trait à Israël, particulièrement depuis les attaques du 7 octobre 2023. L’historien français Vincent Lemire, professeur à l’université Gustave-Eiffel de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), auteur de la bande dessinée à succès Histoire de Jérusalem (avec Christophe Gaultier, Les Arènes, 2022), en a été victime, vendredi 29 novembre.
Invité à un débat pour présenter la version allemande de son livre (qui s’est vendu à plus 300 000 exemplaires en France et a été traduit dans dix pays), il a appris, le jour même, que l’événement était annulé alors qu’il se trouvait déjà à Berlin. La discussion avait été organisée par le centre Urania, une association culturelle et éducative. Une cinquantaine de personnes avaient acheté des billets pour assister à la soirée.
Pour justifier l’annulation de l’événement, Johanna Sprondel, responsable du centre Urania, a fait valoir que l’un des intervenants s’était désisté et qu’il n’avait pas été possible de trouver un remplaçant à temps. « Nous avons décidé d’annuler la soirée parce que le format initial de la discussion n’était plus envisageable, explique-t-elle. Pour le lancement d’un livre, notre programme prévoit toujours une discussion sur la publication, si possible sous forme contradictoire ».
« Goynormativité »
L’intervenant invité à participer était Volker Beck, un ancien député Vert au Bundestag (1994-2017), qui préside la Société germano-israélienne (DIG) depuis 2022. Celui-ci n’a pas donné d’explications publiques sur les motifs de son annulation. « Je suis malheureusement obligé d’annuler [ma présence à] la manifestation en raison du positionnement actuel quelque peu obsessionnel de l’auteur », a-t-il écrit dans un e-mail à l’éditeur, critiquant la supposée « goynormativité » – autrement dit l’approche non juive – de Vincent Lemire.
Volker Beck aurait souhaité déplacer le débat sur les mandats d’arrêt délivrés par la Cour pénale internationale (CPI), le 21 novembre, à l’encontre du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et de son ex-ministre de la défense Yoav Gallant. Vincent Lemire a critiqué la position française consistant à accorder l’immunité aux deux dirigeants israéliens, malgré la décision de la CPI.
« Le format annoncé ne fonctionne pas dans ce contexte. Je ne peux pas commencer par parler de sa BD et remettre discrètement en question son caractère “goynormatif” à certains endroits, comme si rien d’autre n’existait », écrit Volker Beck. Les organisateurs de la soirée, qui devait être animée par un chercheur en littérature, Christian Wollin, rattaché à l’université hébraïque de Jerusalem, ont précisé qu’aucun changement portant sur le contenu de la discussion n’avait été envisagé.
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Source du contenu: www.lemonde.fr
