PORTRAIT – Violemment attaquée par les supporters du PSG, dimanche, Véronique Rabiot gère la carrière de son fils depuis toujours. Sans filtre, elle ne s’est pas fait que des amis dans le monde du football au fil des années.
«Bien sûr que je suis en colère.» La voix est posée, on devine son regard perçant qui l’accompagne en permanence. Lundi, sur le plateau de La chaîne L’Équipe, Véronique Rabiot est revenue sur les insultes dont elle et son fils, Adrien Rabiot, milieu de l’OM, ont fait l’objet par des supporters du Paris Saint-Germain. La veille, en marge de la victoire du PSG (3-1), le milieu marseillais a reçu un accueil houleux de son ancien public. Et sa mère était au cœur des débats.
«Loyauté pour les hommes, trahison pour les pu…, telle mère tel fils», pouvait-on lire sur des banderoles dans les tribunes du Parc des Princes, dont sont tombées une quantité d’insultes au fil de la soirée. «Insulter une mère, et un père décédé… Tout se paye un jour. Vous ne l’emporterez pas au paradis. Croyez-moi», a écrit Adrien Rabiot sur Instagram en prenant la défense de sa maman. Le plus souvent, c’est pourtant l’inverse.
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Elle a accusé le président de la FFF d’être «un menteur»
Depuis ses débuts en professionnels, le 26 août 2012 avec le PSG face à Bordeaux, en Ligue 1, Adrien Rabiot est représenté par sa mère, qui a toujours fait office d’agent. Pour le meilleur et pour le pire. Le footballeur n’a pas encore 18 ans qu’il est convié, avec les stars d’un effectif entraîné par Carlo Ancelotti, à un stage au Qatar. Sa mère refuse qu’il parte. La raison ? Elle n’est pas conviée au séjour par le club. Sa réaction est insensée de prime abord. Mais l’année suivante, le stage se réitère et cette fois, Véronique Rabiot est invitée.
L’anecdote résume une grande partie de ce qu’est la mère de famille dans le monde du football. Agressive, offensive dans chaque négociation, franche du collier. «Je suis dans ce milieu parce que je suis devenue passionnée par la passion d’Adrien», expliquait-elle dans les colonnes du quotidien Ouest-France en mars 2022. Elle n’est pas là pour jouer la courtoisie, elle ne marche pas sur la pointe des pieds.
Manon Cruz / REUTERS
En 2018, son fils avait refusé de figurer parmi les réservistes pour la Coupe du monde, frustré de ne pas être directement invité au voyage en Russie. «Une énorme erreur», avait lâché le sélectionneur Didier Deschamps. Le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, avait assuré en janvier 2020 avoir échangé avec le clan Rabiot pour lui rouvrir les portes des Bleus. «M. Le Graët est un menteur», avait rétorqué Véronique Rabiot auprès de la chaîne L’Équipe.
Un échange virulent avec les familles Pogba et Mbappé
La femme âgée de 66 ans est sans filtre, elle qui, à l’époque où son fils jouait au PSG (2012-19), a confronté Neymar et son entourage dans les coulisses du Parc des Princes, ou s’est permis de critiquer Nasser Al-Khelaïfi droit dans les yeux. Le statut importe peu, qu’elle soit face à un simple bénévole du club ou devant un grand patron milliardaire, elle tape fort.
Véronique Rabiot est présente, omniprésente même, envahissante pour certains. À l’époque du PSG, elle assistait parfois aux entraînements et conversait avec le staff technique. «J’ai vu plein d’autres gens traîner au club chez les pros pendant les entraînements, des frères, des proches, des gens que personne ne connaissait et personne n’a jamais rien dit», racontait un intendant du PSG auprès de L’Équipe en 2022, constatant que «dès que c’était elle, ça faisait parler dans les journaux».
Son caractère bien trempé lui a valu d’être dans la lumière en pleine tempête pour l’équipe de France. Dans la foulée de la sortie de route des Bleus en 8es de finale de l’Euro 2021 contre la Suisse (3-3, 4-5 aux tirs au but), elle avait été filmée en tribunes, invectivant les familles de Paul Pogba et Kylian Mbappé. Véronique Rabiot défend son fils bec et ongles, surtout quand tout va mal, comme lors de la fin de son histoire parisienne.
Une histoire familiale douloureuse
Le longiligne milieu de terrain n’a joué aucun match lors des six derniers mois de son contrat au PSG, en 2019. Il refusait de prolonger car pas convaincu par le rôle tactique qui lui était assigné. Résultat : une mise à l’écart. «Adrien est prisonnier. Il est même otage du PSG. Bientôt, c’est au pain sec, à l’eau et au cachot», vitupérait sa mère, réputée dure en affaires. La presse anglaise a souvent rapporté l’épuisement des dirigeants de Manchester United face aux exigences salariales du clan Rabiot, avec qui les négociations n’ont jamais abouti malgré des contacts réguliers pendant des années.
La dame est intransigeante, quitte à ce que son fils, en fin de contrat à la Juventus, se retrouve sans club à l’été 2024, et par conséquent privé d’équipe de France à la rentrée. Publiquement, Adrien Rabiot valide toujours les propos et décisions de sa mère. Cela ne veut pas dire que les désaccords n’existent pas en privé, mais la famille a appris à rester soudée.
Véronique porte cette dernière sur ses épaules depuis que le papa, Michel Provost, a été victime d’un AVC en 2007 qui a engendré un syndrome d’enfermement, le laissant paralysé entièrement sauf des yeux et des paupières. Il est décédé en 2019, laissant Véronique et ses trois fils, Geoffroy, Valentin et Adrien, le petit dernier, qui n’a presque jamais abordé le sujet dans les médias.
Sans elle, on n’existerait plus.
Gueye Diakhité, président de l’US Alfortville, à propos de Véronique Rabiot pour So Foot en 2021.
Pudeur et discrétion peuvent aussi rimer avec Rabiot. Véronique est la présidente d’honneur et trésorière de l’US Alfortville, l’un des clubs d’enfance de son fils, pour lequel elle a dépensé sans compter. «Sans elle, on n’existerait plus, témoignait le président Gueye Diakhité auprès de So Foot en 2021. Elle nous paye la location des terrains, les éducateurs, des stages et des sorties pour les enfants pendant les vacances scolaires, elle leur offre des maillots d’Adrien et des masques de la Juventus. Depuis septembre, ce qu’elle donne au club doit dépasser les 100.000 euros.»
Depuis dimance, la voilà de nouveau au cœur de l’actualité malgré elle, et toujours offensive. Véronique Rabiot a annoncé porter plainte suite aux banderoles lors de PSG-OM. «Je ne me considère pas comme une victime, je veux que des gens s’opposent, se révoltent, bougent, ceux qui ont le pouvoir de le faire, ce qui n’est pas mon cas, je ne suis pas assez puissante.» Mais assez présente pour influer et, peut-être, faire bouger les lignes.
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