Dans un ancien abattoir municipal transformé en salle de boxe à Azazga, en Kabylie, Cerine Kessal s’entraîne pour réaliser son rêve : remporter l’or olympique comme sa compatriote Imane Khelif, devenue la « locomotive de la boxe féminine » en Algérie. « Je veux participer aux Jeux africains et aux championnats du monde, être comme Imane Khelif et gagner les Jeux olympiques », s’enthousiasme auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’adolescente de 15 ans.
Imane Khelif, 25 ans, a remporté la finale des moins de 66 kg aux JO de Paris l’été dernier. Une controverse devenue mondiale sur son genre a jeté une ombre sur son triomphe, mais les Algériens ont ardemment défendu leur championne, accourant par milliers pour l’acclamer à son retour au pays. Depuis sa médaille, des clubs à travers l’Algérie ont vu affluer des jeunes filles désireuses de pratiquer ce sport dominé par les hommes.
Déjà double championne d’Algérie junior dans la catégorie des moins de 54 kg, Cerine Kessal voit encore plus grand grâce à Imane Khelif. Unique médaillée du club d’Azazga lors du dernier championnat, elle est devenue « un modèle pour tous les boxeurs dans la salle », observe avec fierté son entraîneur, Djaafar Ourhoun. Sur les 170 boxeurs du club, 20 sont des filles et leur technique ne cesse de s’améliorer, affirme-t-il. De quoi susciter parfois « la jalousie parmi les coéquipiers masculins », dit-il avec humour.
Pour l’arbitre international Nacim Touami, président de la section de boxe au club d’Azazga, le parcours d’Imane Khelif a créé « une sorte d’obsession pour la boxe féminine ». M. Touami rappelle que par le passé, « il y avait une certaine réticence des parents à permettre aux filles de pratiquer la boxe » et « ils préféraient le volley-ball ou la natation ». « Mais après le sacre d’Imane Khelif, nous avons constaté un engouement. » « Imane Khelif a beaucoup apporté à la boxe féminine et grâce à ses succès, de nombreuses filles ont rejoint » ce sport, renchérit l’ancienne boxeuse Lina Debbou.
Manel Berkache, ancienne boxeuse et coach au club d’Azazga, confirme un intérêt accru des parents, surtout des mères. « Ce sont elles, désormais, qui inscrivent leurs filles et assistent aux entraînements et aux combats », précise-t-elle. Hayat Berouali, 14 ans, s’entraîne à Azazga. Elle a commencé la boxe il y a moins d’un mois et rêve d’être championne. « J’ai commencé à aimer la boxe en regardant les combats pendant les Jeux olympiques, surtout ceux d’Imane Khelif, et mes parents m’ont encouragée », sourit-elle.
« Nouveau souffle »
Ici, on fait bloc derrière Imane Khelif, qui s’est retrouvée au centre d’une polémique sur son genre et d’une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux. En plein JO de Paris 2024, l’Association internationale de boxe (IBA, non reconnue par le monde olympique) avait affirmé que deux concurrentes, dont Imane Khelif, avaient été exclues des Mondiaux 2023 pour avoir échoué à un « test de détermination de leur genre ».
L’IBA avait prétendu que les deux boxeuses étaient porteuses de chromosomes XY. Huit mois après le tournoi olympique, l’IBA s’estime confortée par le décret signé par le président américain, Donald Trump, pour tenter d’empêcher les athlètes transgenres de pratiquer des sports féminins. La championne, qui répète être « née femme », a promis de se battre « sur le ring » et « devant les tribunaux » jusqu’à ce que « la vérité soit indéniable ».
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Même dans des régions très conservatrices, comme Djelfa, dans l’Atlas saharien, à 300 kilomètres au sud d’Alger, ou Aïn Defla, à 140 kilomètres au sud-ouest de la capitale, Imane Khelif fait des émules. Le directeur technique du club Ennasr de Djelfa, Mohamed Benyacoub, explique qu’une première expérience de boxe féminine avait été lancée en 2006, sans succès. Mais « depuis la victoire d’Imane Khelif, le mouvement sportif féminin connaît un nouveau souffle et brise le tabou selon lequel les femmes ne pratiquent pas la boxe », affirme-t-il. Et à Aïn Defla, « des parents encouragent leurs filles, dont certaines portent le hijab, à pratiquer » ce sport, raconte l’un des dirigeants du club local, Tarek Laoub.
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Le vice-président de la Fédération algérienne de boxe, Hocine Oucherif, n’hésite pas à parler de « phénomène Imane Khelif ». Elle était présente dans tous les esprits pendant le championnat d’Algérie junior, qui s’est déroulé en février, dit-il à l’AFP. « Imane Khelif est la locomotive de la boxe féminine en Algérie et elle nous a donné une forte impulsion », affirme-t-il. Il en veut pour preuve la participation de 107 boxeuses au tournoi, soit plus du double que lors de l’édition précédente.
Source du contenu: www.lemonde.fr
