Les premières fois sont toujours les défilés les plus scrutés de la fashion week. Comment un nouveau designer va-t-il interpréter l’essence d’une maison ? Fera-t-il mieux que son prédécesseur, voire que le fondateur ? Cette fashion week parisienne automne-hiver 2025-2026 a été marquée par les premiers essais de Julian Klausner pour Dries Van Noten et de Haider Ackermann pour Tom Ford qui ont eu lieu le même jour, le 5 mars.
« J’ai travaillé de manière très instinctive, en allant vers ce que j’aime, en me rappelant qu’enfant j’étais tombé amoureux du vêtement en fouillant dans une malle de costumes », explique Julian Klausner en coulisses, sous les ors du Palais Garnier. Le lieu a donné au Belge de 33 ans le point de départ de sa collection : une femme qui se promène dans l’opéra et attrape au passage des éléments pour composer sa tenue – des lacets pour fermer son manteau, des pampilles pour décorer sa robe, des rubans pour composer une ceinture… Ainsi présenté, son projet peut sembler assez fantaisiste, mais il est en réalité très bien pensé.
D’abord sont présentés les looks sombres et structurés, des manteaux et costumes juste égayés par une ceinture XXL ; puis, les tenues deviennent plus fluides, de gros sequins multicolores débordent d’un pull magenta asymétrique, les imprimés se multiplient, les vestes en brocart de soie se parent de pierres brillantes, tandis que les couleurs gagnent en intensité. Julian Klausner, ancien bras droit de Dries Van Noten jusqu’au départ de ce dernier, en juin 2024, partage avec le fondateur le sens de la nuance, la capacité à flirter avec le kitsch sans tomber dedans. « J’ai travaillé six ans avec Dries, je sais comment il fonctionne, admet Julian Klausner en souriant. Mais Dries voulait que je me sente libre. Cette première collection, c’est vraiment la mienne. » Et c’est du bon travail !
Matières duveteuses
Ambiance très différente chez Tom Ford, qui accueille ses invités dans un boudoir gris à la nuit tombée. Haider Ackermann, 53 ans, s’est fait un nom au début des années 2000, en créant avec succès sa marque. Sa renommée lui vaut de compter parmi ses invités des célébrités, mais aussi des designers de mode (le fondateur Tom Ford, qui a revendu sa marque en 2022 à Estée Lauder, mais aussi Pierpaolo Piccioli et Thom Browne). Dès les premiers looks en cuir qui arrivent au son de la voix grave et solennelle de Nick Cave, on comprend que Haider Ackermann a l’intention d’affranchir la marque de son passé.
Tom Ford, jusqu’ici, c’était des silhouettes un peu bling-bling et seventies, conçues pour un corps sexy qui s’assume, présentées dans une ambiance électrique. La version Ackermann est plus couverte et plus subtile. C’est, par exemple, une chemise bleue en cuir, formelle de loin, sensuelle de près ; une longue robe ivoire un peu monacale qui se révèle fendue sur les côtés ; une jupe en soie noire que l’on peut déboutonner à la taille pour laisser apparaître la peau ; des matières duveteuses ou luxueuses dans lesquelles on a envie de plonger les doigts.
« Tom Ford, c’est un jeu de séduction. Une maison de vanités, où l’homme s’aime, la femme s’aime. Ce n’était pas mon registre avant de venir ici, mais je m’adapte. Sans pour autant faire ce à quoi tout le monde s’attendait », explique le designer français, qui a utilisé des couleurs pastel, peu habituelles pour la marque. « Nous vivons dans un monde très violent. Peut-être que j’avais besoin de douceur, d’une forme de gaieté », se défend-il. Quelles que soient ses motivations, sa première collection a le mérite d’ouvrir un chapitre prometteur pour la maison, qui, jusqu’ici, semblait condamnée à ressasser son fastueux passé.
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