Paris fait figure de terre d’accueil pour les créateurs étrangers et a réussi à s’imposer, au fil des ans, comme l’épicentre mondial de la mode, l’endroit où il faut défiler. Dès les années 1980, les Japonais et les Belges, notamment, ont investi la semaine de la mode parisienne, avec des figures emblématiques comme Yohji Yamamoto ou Martin Margiela. Cette tradition est particulièrement visible dans les premiers jours des défilés parisiens automne-hiver 2025-2026, qui ont débuté le 3 mars. Avec, pour point commun, une créativité exacerbée.
La Bruxelloise Marie Adam-Leenaerdt, qui a lancé la marque portant son nom en 2022, a présenté une collection articulée autour de la notion de fonctionnalité. « C’est un défilé en deux parties. Un premier passage dévoile les bases de la silhouette, l’archétype d’une forme. Le second montre son évolution possible », explique-t-elle. Ainsi, les premières silhouettes sont taillées dans un feutre gris et reproduisent une grande veste, une longue robe ou encore une jupe évasée. Puis un second défilé commence et revoici les mêmes vêtements, revêtus de housse en soie ou en laine, dotés de boutons ou de revers. A noter un pull-over, qui, selon la manière dont il est porté, est col roulé, rond, en V, ou sans manches. Un exercice stylistique pas toujours lisible, mais qui fait mouche.
Le Japonais Kunihiko Morinaga, qui a créé sa griffe, Anrealage, en 2003, continue ses expérimentations mêlant science et vêtement. Dans la nef de l’église américaine de Paris, ses grandes robes et longs manteaux ceinturés, aux manches très carrées, affichent des imprimés de pixels colorés qui, quand ils s’animent, reproduisent façon loupiotes clignotantes les vitraux de l’église ou bien des motifs abstraits. Une manière habile de faire cohabiter le travail artisanal et la technologie.
Franges pailletées
Danial Aitouganov et Imruh Asha se sont rencontrés à Amsterdam, lorsqu’ils étaient encore adolescents. Ensemble, ils ont créé la marque néerlandaise Zomer (« été ») en 2023. Cette saison, le duo a proposé une collection sens dessus dessous, au sens littéral du terme. Le défilé a débuté par le final, avec une bande-son d’applaudissements, avant de rembobiner et de présenter un vestiaire construit à l’envers : les vestes de costumes basculent vers l’arrière et leurs boutons sont dans le dos ; les pantalons larges en laine ont des poches plaquées sur le devant ; les robes fluides et coupées en biais montent haut dans le cou et dévoilent un dos nu ; les chemisiers rayés sont boutonnés jusqu’en haut de la nuque. Une collection ludique sans tomber dans le gimmick.
Depuis 2003, les défilés du Japonais Jun Takahashi pour son label Undercover font partie des plus raffinés de la fashion week de Paris. Cette saison, le designer de 55 ans se replonge dans ses propres archives et célèbre ce qu’il estime avoir été sa meilleure collection, celle de l’automne-hiver 2004-2005, inspirée par les sculptures textiles d’Anne-Valérie Dupond et le style de la musicienne Patti Smith.
Les pantalons de jogging colorés rencontrent des mailles à la fois ennoblies par des broderies et débraillées (boutons disparates, coutures de travers, etc.). Avec ses imprimés fleuris, ses franges pailletées, ses couleurs tendres et les formes moelleuses de robes rembourrées, ce défilé Undercover souligne à quel point la fidélité de certains designers étrangers à la fashion week de Paris est une chance pour la capitale française.
Source du contenu: www.lemonde.fr
